Les productions agricoles, des usages bien au-delà de nos assiettes

Ces dernières années, les débouchés non alimentaires des productions agricoles n’ont cessé de se multiplier et de se diversifier. Qu’il s’agisse des biocarburants, des bioplastiques, des isolants ou des produits cosmétiques, ces innovations séduisent de par leur durabilité. En voici quelques exemples.

Huile CND de chanvre ©Julia Teichmann - Pixabay

Éthanol, biodiesel... faites votre choix !

Parmi les créneaux les plus étudiés, celui des biocarburants, pour remplacer les combustibles fossiles traditionnels. Ces carburants de substitution sont obtenus à partir de biomasse, qu’elle soit d’origine végétale, animale ou issue de déchets. Le plus courant d’entre eux, l’éthanol, est fabriqué à partir de de betterave à sucre, de blé ou de maïs. Il peut être également obtenu avec certains résidus vinicoles : marcs de raisin et lies de vin. Les sucres (glucose ou saccharose) contenus dans les plantes sucrières (betterave à sucre, canne à sucre) et les plantes amylacées (céréales comme le blé ou le maïs) sont transformés en alcool par un procédé de fermentation industrielle. L’alcool est ensuite distillé et déshydraté pour obtenir du bioéthanol, que l’on retrouve dans le SP95-E5 (1), le SP95-E10 ou le super éthanol E85. Les coproduits obtenus lors du processus de production (drêches et pulpes) sont quant à eux destinés à l’alimentation animale. Rien ne se perd ! Ce biocarburant est utilisé dans les mélanges d'essence et peut même être utilisé comme carburant pur dans certains véhicules.
Autre biocarburant couramment utilisé : le biodiesel qui, lui, est produit à partir de graines riches en huile, à l’instar du colza. Le biodiesel peut être utilisé seul ou en mélange avec du diesel conventionnel dans les moteurs diesels. Parmi les principaux avantages des biocarburants mis en avant : leur moindre dépendance aux énergies non renouvelables.

 

Dans les années 70, la crise du pétrole a incité bon nombre de sociétés à développer des plastiques à base d’amidon de blé, de maïs ou de pommes de terre, soi-disant « biodégradables ». Au final, ces derniers s’avéraient plutôt biofragmentables... certaines particules n’étant pas dégradées. Ces échecs ont pu expliquer les réticences à développer ce créneau les années suivantes. Mais aujourd’hui, cette période semble révolue et les utilisations non alimentaires des productions agricoles paraissent désormais très larges. Principaux atouts mis en avant : leur durabilité environnementale et la transition vers une économie plus verte.

Les bioplastiques ont la cote

Sortir du tout plastique dans notre quotidien n’est pas chose simple mais de plus en plus de produits, alternatifs à ceux fabriqués à partir du pétrole, voient le jour. Les sacs poubelles, poches pour emballer les fruits et légumes et autres paillages agricoles sont désormais largement utilisés. De nouveaux usages sont à l’étude comme par exemple les emballages des aliments ou des produits ménagers. Tous sont développés à partir de végétaux comme la canne à sucre, le maïs ou encore la pomme de terre et sont donc, par nature, biodégradables. L’amidon du maïs ou de la pomme de terre est transformé en plastique dit « biosourcé », tel que le PLA, l’acide polylactique. Ce PLA est ensuite utilisé dans la fabrication de bouteilles, de films ou autres. Leur prix reste à ce jour encore un frein à leur développement massif. Outre leur meilleur bilan carbone, ces bioplastiques constituent des déchets beaucoup plus simples à éliminer. Compostables, biodégradables, ils représentent le support idéal pour emballer les autres déchets biodégradables par exemple.

La cosmétique aussi s’intéresse aux légumes

Le lin, utilisé en alimentation animale et humaine, est également apprécié par l’industrie du textile pour ses fibres longues et résistantes. Le lin se démarque par sa durabilité et sa résistance et par ses propriétés thermorégulatrices. La région Normandie l’a bien compris. En septembre 2022, la première filature de lin au mouillé, La French Filature, a été inaugurée à St-Martin-du-Tilleul dans l’Eure. Un investissement de 4,4 M€, financé par la coopérative agricole NatUp, l’État et la région. Au total, près de 250 tonnes de fil devraient être produites chaque année, soit l’équivalent de 1,25 million de chemises, 750 000 pantalons de yoga ou encore 300 000 draps.
D’autres plantes séduisent la filière cosmétique pour la fabrication d’huiles essentielles, de crèmes, de compléments alimentaires... Dans ce domaine aussi les entreprises font preuve d’imagination. Un exemple ? La gamme Cultiv, lancée en 2020 par trois collaboratrices du groupe d'union de coopératives agricoles InVivo. Au cœur des principes actifs de la gamme, des extraits d’épinard, de betterave, de melon ou de chicorée, aux effets hydratants et actifs contre le vieillissement de la peau. Ainsi, saviez-vous que la bétaïne de la betterave préserve la peau du dessèchement et restaure son film hydrolipidique ? Avec son effet anti-oxydant, l’épinard est capable de neutraliser les radicaux libres, en excès dans la lumière, émise notamment par les écrans d’ordinateurs. Alors que l’inuline, présente dans la chicorée, hydrate et adoucit la peau, l’anti-oxydant SOD du melon s’affiche sans doute comme l’un des plus puissants du marché. Il permet ainsi à la peau de mieux résister aux UV. Nul doute qu’à présent, vous ne regarderez plus votre potager avec le même œil !

Le chanvre a plus d’un atout dans sa paille

Désormais bien connu pour son utilisation dans le bâtiment comme isolant ou enduit, le chanvre affiche également d’autres débouchés. Le textile, la papeterie, l’automobile, le nautisme, l’industrie des agro composites... tous s’intéressent à cette fibre légère, résistante, aux performances environnementales remarquées. Des gobelets biosourcés ont même récemment été conçus à partir de chanvre par Cavac biomatériaux, filiale du groupe vendéen Cavac. L’originalité de cet objet tient à l’utilisation, en complément du chanvre, d’un polymère biosourcé produit par une souche bactérienne, qui rend ce gobelet certifiable "OK Compost Home". Autrement dit, il n’est pas simplement recyclable, il peut être broyé et composté directement ! Décidément, les productions agricoles n’ont pas fini de surprendre.

Carole Loiseau

  (1)  SP95-E5 = 5 % d'éthanol, SP95-E10=10 %, E85 = 85 %.  

 

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