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Article mis à jour le 19/03/2009
Découverte campagne

Une herbe vraiment meilleure à côté ?

On observe parfois des vaches à genoux, la tête sous la clôture, cherchant à attraper quelques brins d'herbe de la parcelle voisine. Seraient-elles bercées par l'illusion bien commune d'une herbe toujours plus verte à côté ?

Pas du tout. Les vaches ne sont pas bêtes, et si elles se tordent le cou, c'est pour déguster une herbe vraiment meilleure. Elles remarquent au premier coup d'oeil les plantes les plus appétissantes. Et si l'éleveur voisin a semé des variétés de qualité, elles cherchent tout naturellement à en profiter !

Zoom sur les prairies semées

Sur les 13 millions d'hectares de prairies en France, 3 millions sont des prairies qui ont été semées. Pour mettre en place ces prairies, on utilise des plantes dites fourragères.

Il existe de nombreuses espèces de plantes fourragères, et pour chaque espèce un grand nombre de variétés, sélectionnées au fil du temps pour répondre au mieux aux besoins des éleveurs.

Ces derniers disposent ainsi aujourd'hui de variétés plus productives que par le passé, et de prairies permettant de nourrir les animaux de façon régulière sur une longue période. Des caractéristiques très diverses sont prises en compte par les sélectionneurs, comme le montrent les exemples suivants.

Pouvoir pâturer plus tôt

Après 30 années de travaux de sélection, les nouvelles variétés de dactyle (une graminée fourragère) permettent aux animaux d'aller plus tôt en pâture : en moyenne le 20 mars au lieu du 6 avril. Des journées de printemps très appréciées par les vaches qui retrouvent une herbe fraîche.

Une pousse plus régulière

Avec les nouvelles variétés de ray-grass anglais, les vaches disposent entre le printemps et l'automne de 10% d'herbe en plus. En outre, les animaux préfèrent les nouvelles variétés qui sont plus résistantes aux maladies.

Des plantes plus digestibles

La fétuque élevée est une graminée fourragère qui a été l'objet des soins des sélectionneurs. Les nouvelles variétés de fétuque élevée ont des feuilles plus souples et plus digestibles. Les vaches les apprécient et offrent à l'éleveur 1,6 kg supplémentaire de lait par jour.

Ces quelques exemples nous donnent une nouvelle image des animaux d'élevage, et en particulier des vaches : gourmandes, expertes en herbe et qui raffolent de plantes jeunes, à feuilles souples, fines, riches et digestes.

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Je suis heureux qu'on ne propose plus aux agriculteurs des mélanges composés d'une seule espèce. A tout bien réfléchir, on peut espérer qu'à l'avenir les éleveurs puissent mettre également d'autres dicotylédones ("plantes à fleurs") en plus des légumineuses, mais il me semble que cela poserait d'autres problèmes : on aura une composition végétale maîtrisée qui sera un semblant de prairie naturelle, sachant que les pâtures sont dans de nombreuses régions les rares milieux encore emprunts d'espèces non implantées par l'homme.
Le souci c'est que les espèces sélectionnées le sont pour des propriétés précises (ex. Oméga 3) et que cela pose des problèmes de croisements avec les souches sauvages
-> Un exemple pour illustrer ce problème : le bleuet de culture que l'on utilise classiquement dans les mélanges fleuris pour jachères a été sélectionné pour ses propriétés esthétiques, mais n'est plus capable de produire du nectar en abondance, or le bleuet est également vanté pour ses propriétés mellifères (=bon pour le miel) http://www.inra.fr/dpenv/pdf/GadoumC54.pdf. Le bleuet est une commensale des cultures en grande raréfaction dans le nord de la France et son croisement avec les cultivars qui abondent en bordure de champs lui fait perdre ses adaptations naturelles. On a également prouvé cela chez une espèce prairiale, le dactyle, dont un cultivar fait perdre ses capacités d'adaptation à une souche propre au Pays Basque.

Ces exemples sont assez techniques mais ils montrent qu'on ne peut pas tout maîtriser dans les sélections et que même si un cultivar est riche en Oméga 3, il ne présentera globalement pas une amélioration sur l'ensemble de ses propriétés. Et plus on sélectionne une variété sur des clones précis, plus on réduit les propriétés propres à l'espèce sauvage (ce qui va à l'envers de la biodiversité). C'est ce qui me fait peur dans le travail de sélectionneur dans un contexte prairial -> que nos prairies ne soient plus du tout naturelles.

Cdmt
Emilien
Commentaire posté le : 05/03/2012
Je comprends bien l'utilité d'un sélectionneur d'espèces fourragères mais je grince lorsque ces sélectionneurs nous disent qu'ils jouent en faveur de la biodiversité. Diversité génétique peut-être mais eux-mêmes le disent, ces espèces sont semées parfois en monoculture ! Où est l'amélioration de la biodiversité lorsqu'on sème sur une prairie de plaine qui peut contenir initialement une bonne vingtaine espèces herbacées ? La santé des animaux va aussi dans la richesse de leur alimentation (comme nous) et je ris jaune lorsqu'on trouve une nouvelle espèce qui protège de telle ou telle maladie. Je ne suis pas tout à fait sûr que si je mangeais des pâtes super riches tous les jours, je ne tomberais pas malade au bout d'un moment !
Je serais très intéressé de pouvoir débattre de la question avec ceux qui le veulent.
Cordialement.
Commentaire posté le : 03/03/2012
 
Réponse de l'équipe éditoriale de semencemag
- Créer une nouvelle variété, c'est indéniablement participer au développement de la biodiversité.
On crée des plantes qui possèdent des caractéristiques différentes de celles qui existent déjà donc on enrichit le pool génétique de l'espèce en question.

Naturellement, la biodiversité créée par les sélectionneurs n'est pas celle mise en place par les utilisateurs comme les éleveurs. Si effectivement la variété fourragère est utilisée seule, la diversité végétale sur la parcelle sera moindre qu'avec une prairie multi-espèce.
Par contre, la biodiversité "animale" est parfois tout aussi riche. Pour information, les implantations de prairies en espèces pures sont de plus en plus rares ces dernières années. Les éleveurs associent de plus en plus les graminées et les légumineuses pour justement apporter une ration équilibrée aux animaux (énergie + protéines).

- Concernant les plantes et les maladies, la sélection a pour but de rendre des plantes tolérantes à certaines maladies. Une plante qui tolère une maladie est très utile aux agriculteurs car cela évite de faire des traitements sur les plantes. S'il s'agit réellement de plantes qui peuvent apporter un plus sur la santé humaine, par exemple riche en Oméga 3, ce n'est pas parce qu'elles sont bonnes pour la santé qu'elles doivent être le plat unique. Comme vous le soulignez, tout est dans l'équilibre.
Simplement, pour une bonne diversité dans nos prairies et dans nos assiettes, il faut à la base pouvoir disposer d'une diversité d'espèces et de variétés.
     
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En matière d'herbe, nos animaux ont le choix. Suivez Pierre Bourdon dans ses explications. Extrait des journées Biodiversité Gnis 2008. © Metaphore production.


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Pourquoi les vaches d'aujourd'hui ont-elles une bonne digestion ?
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Une prairie riche en protéines, c'est du lait et de la viande de qualité
Sélectionneur de fourragères est un métier de longue haleine et très méconnu. Cependant Vincent Béguier estime que le rôle des sélectionneurs en plantes fourragères est essentiel. En effet, les prairies sont une ressource de nourriture très intéressante pour les animaux et l'environnement. Mais elles doivent permettre aux éleveurs de produire du lait ou de la viande de qualité, et cela passe par la qualité des plantes fourragères qui composent les prairies.


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Comment améliore-t-on l'herbe ?

Pour améliorer une espèce fourragère, les sélectionneurs doivent disposer d'un choix le plus large possible de plantes. Pour cela, ils organisent des prospections de plantes sauvages en France et dans de nombreuses régions du monde. Ces plantes sont introduites dans des pépinières à côté d'autres plantes en cours de sélection et de variétés témoins.

Une pépinière compte entre 8.000 et 10.000 plantes selon les espèces. Les sélectionneurs retiennent dans la pépinière 5% à 10% des plantes. Ils les comparent aux variétés témoins pour la résistance aux maladies, la durée de pâturage, la durée de vie... Les plantes les plus intéressantes sont croisées entre elles pendant plusieurs années et sélectionnées régulièrement.

Au total, lorsqu'un sélectionneur engage un programme de sélection sur une espèce, il lui faut entre 12 et 15 ans pour obtenir une variété intéressante.

 

Les animaux font partie des jury

La digestibilité est le principal facteur influençant la valeur alimentaire d'une variété. Les sélectionneurs disposent d'infra-analyseurs, appareils permettant de tester rapidement cette caractéristique sur de nombreuses plantes.

Ils mesurent également l'appétibilité du fourrage, c'est-à-dire l'aptitude d'un fourrage à susciter chez les animaux l'envie de le consommer. Elle est testée avec des ruminants (vaches laitières, taurillons ou moutons) soit en cafétéria d'auge où plusieurs variétés sont mises à la disposition des animaux en libre-service, soit en parcelles pour reproduire les conditions du pâturage.

 

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