La biodiversité cultivée : un débat d'avenir !

Ci-dessous par ordre d'affichage :
> 3 séquences de présentation des conférenciers
> 7 séquences thématiques
> la vidéo dans son intégralité
Semences et plants : la biodiversité au service de la Terre et des Hommes, tel était le thème de 2 journées organisées en juin 2012 par le Gnis et 3 partenaires au coeur de la région Nord Pas-de-Calais. Ouverte à un large public, la première de ces journées fut introduite par une conférence-débat dont nous vous proposons ici une synthèse et de larges extraits vidéos. Les conférenciers : M. Bruno Desprez, responsable recherche, Etablissements Florimond Desprez M. Lecerf, médecin et responsable du service nutrition à l’Institut Pasteur de Lille M. Daniel Thomas, vice-président du Pôle de compétitivité Industries et Agro-ressources à Laon Animatrice : Mme Delphine Guey du Gnis.

Au cœur des grands enjeux du XXIe siècle

La biodiversité des semences est au cœur des grands enjeux du XXIe siècle. Les énergies fossiles s’épuisent, le climat évolue, les exigences écologiques se multiplient… La biodiversité cultivée, qui se traduit par le développement de nouvelles variétés, se doit de proposer des réponses à ces changements. « Notre métier consiste à utiliser la variabilité existante et à choisir les meilleurs individus pour les marier ensemble », explique Bruno Desprez, responsable recherche de l’entreprise semencière Florimond Desprez. Mais les variétés élaborées doivent satisfaire aussi bien les agriculteurs, les industriels (qui transforment l’orge en bière et la betterave en sucre) que les consommateurs. Car « l’objectif de la production agricole, c’est d’abord de nourrir les hommes », rappelle le Docteur Lecerf, responsable du service Nutrition à l’Institut Pasteur de Lille. Fournir aux consommateurs des aliments en quantité et en qualité, cela passe nécessairement par la biodiversité des semences et des plantes cultivées.

Une source vitale pour l’équilibre de notre alimentation

La question de ce que nous avons dans notre assiette est absolument primordiale. « En tant que nutritionnistes, notre ambition est que chacun bénéficie d’une alimentation sûre, saine, suffisante, susceptible d’améliorer la santé », fait valoir le Docteur Lecerf. Or 90 % de notre nourriture quotidienne repose sur une petite centaine d’aliments, et 3 céréales à elles seules représentent 70 à 80 % de nos apports énergétiques d’origine végétale. Cette relative pauvreté masque une grande richesse de variétés existantes ; cette richesse conditionne notre équilibre alimentaire et donc notre santé. « La variété agricole est un contributeur considérable à la qualité alimentaire. Une alimentation monotone mène à des carences et des déséquilibres », constate le spécialiste. Il faut donc manger des espèces végétales différentes, mais aussi des variétés différentes (certaines tomates contiennent plus de lycopène que d’autres, par exemple). « Les végétaux doivent être au mieux de leurs compositions nutritionnelles intrinsèques, ce que peut contribuer à améliorer, entre autres, la recherche variétale, comme c’est le cas pour la chicorée », précise le Docteur Lecerf. D’autres arguments plaident pour le respect de la biodiversité cultivée… Ainsi, les plantes constituent un réservoir considérable de molécules à visée médicinale. Autre argument ‒ et non des moindres ! ‒, la biodiversité est capitale pour la sécurité alimentaire, car elle diminue les risques liés à la production agricole ; en effet, nous avons tous en mémoire le récit des dégâts causés par le mildiou sur la monoculture de pomme de terre d’Irlande du XIXe siècle et la famine qui en a résulté. Enfin, la biodiversité cultivée garantit la diversité culinaire, qui est l’expression même de nos cultures, de nos terroirs, de nos patrimoines. « Nous ne mangeons pas des molécules mais des souvenirs, notre histoire des saveurs », conclut le docteur.

Une nécessité aussi pour le secteur de l’énergie et des matériaux

L’évolution des modes de consommation associée aux défis environnementaux auxquels nous sommes confrontés renforce la demande en produits naturels et renouvelables. Ainsi, les plantes seront de plus en plus utilisées pour remplacer les énergies fossiles dans des domaines non alimentaires, tels que l’énergie, les matériaux et les cosmétiques. La biodiversité cultivée tient ici un rôle essentiel. « Notre but est de remplacer les molécules carbonées d’origine fossile par des molécules carbonées renouvelables provenant de la biomasse agricole, forestière, marine », affirme Daniel Thomas, vice-président du Pôle de compétitivité Industries et Agro-ressources à Laon. « Ainsi, nous diminuons le rejet des gaz à effet de serre et nous nous plaçons dans une stratégie de bioraffinerie. Celle-ci consiste à valoriser toute la plante en faisant disparaître les déchets et les sous-produits ‒ tout doit être recyclé, à l’image d’un “métabolisme industriel“ ‒ et à avoir une interaction positive avec le territoire, en particulier avec les territoires ruraux. ». Un premier modèle s’inspire de ce qui existe dans le domaine pétrolier, à savoir le développement de bioraffineries dans les grands ports avec un recours indifférencié aux matières premières existantes. « L’autre modèle, que nous défendons, est celui de bio-raffineries intégrées dans l’espace rural, impérativement à proximité des lieux de production des agro-ressources utilisées, avec un impact environnemental positif et un dialogue permanent entre les acteurs », précise Daniel Thomas. Les débouchés alimentaires et non alimentaires au sein de ces bioraffineries doivent cohabiter. L’exemple du colza sur ce point est un cas d’école... Cet oléagineux permet de produire du biodiesel appelé « Diester » ; mais les résidus de l’extraction (tourteaux) contiennent des protéines utilisées en alimentation animale. Grâce à cette filière, la part des importations américaines de tourteaux de soja ont sensiblement diminué pour passer de 85 % à 65 % en France ces dernières années. « Nous devons nous appuyer sur la diversité que nous offre le monde agricole, en particulier celui des semences. L’élaboration des variétés et la culture doivent être associées à la stratégie de bioraffinerie, et la valeur ajoutée répartie tout au long de la filière », analyse Daniel Thomas. Et nous franchirons sous peu une nouvelle étape : les carburants de première génération vont bientôt être remplacés par des carburants de seconde génération, qui utiliseront des parties de la plante jusqu’alors peu valorisées.

Un dialogue entre agriculteurs, industriels et chercheurs

Les pôles de compétitivité comme l’IAR (Industrie Agro-Ressource de Picardie) sont intéressants car un échange entre le monde agricole et le monde industriel est systématiquement instauré. « Nous devons réfléchir à l’utilisation non alimentaire des plantes, en valorisant par exemple les déchets et les sous-produits. Des projets sont en développement pour utiliser des huiles ou de l’amidon (pomme de terre, blé, etc.) pour fabriquer des bioplastiques. Il est aussi important d’être en relation suivie avec le monde universitaire et de la recherche. Notre métier prend du temps… Il nous faut repérer et croiser des plantes intéressantes, afin de les complémenter, de les améliorer. Et choisir celle qui correspondra aux attentes des agriculteurs, de l’industrie, des consommateurs, attentes toujours en évolution », explique Bruno Desprez. Environ quinze ans sont nécessaires pour mettre sur le marché une nouvelle variété. Il est donc impératif d’avoir une vision d’ensemble des grandes évolutions futures, ce qui passe entre autres par une connaissance fine des procédés agricoles et industriels. Par exemple, il faut un jour chercher à sélectionner une betterave lisse à laquelle la terre n’adhère pas, afin d’éviter le transport inutile de terre vers l’usine ; mais si des machines qui nettoient les betteraves sur place sont créées avec le temps, cet objectif de recherche disparaît et d’autres buts seront poursuivis. « Nous devons être capables de fournir des semences qui, cultivées par les agriculteurs dans le meilleur respect, pourront répondre aux nouvelles attentes des filières », analyse le sélectionneur. Répondre aux besoins présents et anticiper sur les besoins futurs nécessitent un dialogue permanent avec les différents acteurs concernés. Si certains objectifs sont évidents, comme cultiver une pomme de terre avec un minimum d’engrais, d’autres le sont moins : mettre au point une pomme de terre qui est à l’origine d’un bon bioplastique, par exemple. « Nous essayons de faire que la plante puisse répondre à la fois aux besoins alimentaires et non alimentaires, conclut Bruno Desprez. Nous veillons à classer les objectifs car il y en a beaucoup (qualités agronomiques, gustatives, nutritionnelles, économiques, industrielles, etc.) ». Ainsi, pour les semenciers, mettre à disposition une biodiversité d’espèces et de variétés, c’est répondre aux attentes de la société d’aujourd’hui et de demain.

Les partenaires de la journée

Cette journée proposée par le Gnis a été organisée en partenariat avec : > Le Comité Nord > Les Ets Carneau > Les Ets Florimond Desprez Retrouver une présentation détaillée de cet événement dans l'article dédié.
LG
MD
SM