Le houblon fleurit dans l'Hexagone

Ingrédient essentiel dans la fabrication de la bière, le houblon apporte arôme et amertume au breuvage. L’engouement pour les bières locales et artisanales et le développement récent des brasseries incitent les agriculteurs français à cultiver du houblon.

Houblonnière ©InterHoublon -Patrick Bogner

Pour fabriquer la bière, il faut de l’eau, du malt d’orge, de la levure et du houblon. Ce dernier apporte l’amertume au breuvage grâce à ses acides alpha qui contrebalancent le caractère sucré des malts. Il influe sur la qualité de la mousse. Pendant le brassage, ses huiles essentielles libèrent des arômes fruités, épicés ou herbacés. Troisième vertu, il est antiseptique et protège la bière des infections bactériennes. Il existe deux types de houblon, l'aromatique qui apporte parfums et typicité à la bière et l’amérisant à forte teneur en acides alpha qui donne l’amertume aux bières de type IPA (1).

2500 brasseries en France

Début du XXème siècle, la bière connaît son âge d’or en France. En 1910, le pays compte 2 827 brasseries. Mais les deux guerres, le changement de goût des consommateurs et la lutte contre l’alcoolisme font chuter le nombre d’établissements. En 1976, ils ne sont plus que 23. Si tout semblait perdu pour la filière brassicole française, c’était sans compter un regain d’intérêt pour les bières locales et artisanales, animé par l’essor des craft breweries (brasseries artisanales) aux Etats-Unis au début des années 80. Le rebond s’opère en 1985 avec la création de la brasserie Coreff à Morlaix en Bretagne. Dans la décennie qui suit, une quinzaine de brasseries voit le jour chaque année. Le rythme des créations s’accélère avec une ouverture quotidienne avant la crise du Covid pour atteindre plus de 2500 unités dont 80% de microbrasseries (2). Depuis, certaines ont fermé boutique à cause de la pandémie et de l’inflation des matières premières. Mais “la France reste le premier pays européen en nombre de brasseries. Malgré les crises, le marché reste porteur car la tendance est aux boissons fraîches et désaltérantes”, affirme Mathieu Luthier, directeur d’InterHoublon.

Petits producteurs de houblon

C’est mécanique, qui dit plus de volume de bière brassé, dit hausse des besoins en houblon. Portés par un marché dynamique, nombre d’agriculteurs se sont diversifiés en introduisant le houblon dans leur assolement, malgré un investissement conséquent, on parle de “80 à 100 000 € par hectare". Les houblonnières longtemps concentrées en Alsace et dans le Nord se développent dans toutes les régions (3). En 2023, 207 producteurs cultivent 726 ha dont 70% en Alsace et produisent près de 1000 tonnes pas an (4). “Ils ne représentent qu’un pour cent de la production mondiale, les premiers producteurs étant les États-unis avec 24 000 ha et lAllemagne avec 20 000 ha.” Le houblon bio a aussi fortement progressé ces dernières années et occupe 274 ha en 2022 pour une production proche des 200 tonnes.

Une plante pas comme les autres

Le houblon est une culture pérenne qui atteint son potentiel de rendement au bout de trois ans. Plante grimpante pouvant atteindre huit à dix mètres de haut, elle a besoin d’un support pour se développer. La houblonnière repose sur des tuteurs de sept mètres et sur un treillis de fils. Chaque année des cordes sont accrochées aux fils et les jeunes pousses sont “mises au fil” manuellement. Comptez 225 heures de travail par an pour conduire un hectare de houblon en culture conventionnelle. Les lianes sont récoltées entières puis les cônes (fleurs femelles) sont séparés dans une cueilleuse. Ils sont alors triés, séchés et souvent pelletisés. Les pellets majoritairement utilisés par les brasseurs se conservent jusqu’à cinq ans. Le houblon offre aussi des perspectives de débouchés hors brassicoles dans les domaines de la santé, des cosmétiques, de la parfumerie mais aussi de l’alimentation animale et humaine. En effet, ces propriétés apaisantes peuvent être valorisées dans la ration des animaux et dans les compléments alimentaires et tisanes.

Sabine Huet

 

 

(1) Une IPA, pour India Pale Ale, est une bière à fort houblonnage.

(2) Les micro-brasseries produisent moins de 1000 hl/an.

(3) La croissance des houblonnières se concentrent sur les régions hors Alsace : Nouvelle-Aquitaine, Auvergne-Rhône-Alpes, Bretagne, Normandie et Pays-de-la-Loire.

(4) Chiffres InterHoublon

(1) Une IPA, pour India Pale Ale, est une bière à fort houblonnage.

(2) Les micro-brasseries produisent moins de 1000 hl/an.

(3) La croissance des houblonnières se concentrent sur les régions hors Alsace : Nouvelle-Aquitaine, Auvergne-Rhône-Alpes, Bretagne, Normandie et Pays-de-la-Loire.

(4) Chiffres InterHoublon

Le besoin en houblon des brasseries françaises est estimé entre 2000 et 2500 ha. Curieusement, celles-ci importent en grande majorité les pellets des États-Unis, d’Allemagne et de Tchéquie tandis que 40% de la production française est exportée. “Il est difficile de faire coïncider l’offre française et la demande, les brasseurs ayant fait le choix d'un sourcing étranger”, constate Mathieu Luthier, directeur d’InterHoublon. La raison ? La richesse en acides alpha des variétés internationales et le développement des bières IPA. “Les cultivars étrangers ne sont pas adaptés à nos conditions pédoclimatiques ou simplement pas disponibles.” Mais un tournant semble se dessiner en faveur du houblon français notamment grâce à la demande des micro brasseries en circuits courts. “Elles recherchent du houblon local avec des profils plus aromatiques et utilisent plus de quantité dans leurs recettes.” En parallèle, l’interprofession et l’obtenteur Secobra investissent dans la recherche pour proposer des variétés adaptées au terroir français et aux nouvelles attentes.

LG
MD
SM