Récompenser l'éleveur cultivant une prairie riche en biodiversité

Bruno Osson - Technicien communication sur les plantes fourragères et environnementales au GNIS

Comment se déroule le concours « prairies fleuries » dans votre région ?

Bruno Osson - Technicien communication sur les plantes fourragères et environnementales au GNIS
Dans le Nord-Pas de Calais, le concours a lieu dans trois zones : la vallée de la Slack, une prairie d’alluvions ; sur les coteaux calcaires près de Licques ; et en plaine de la Scarpe et de l’Escaut, zone de prairie humide bocagère. Ce sont vingt-trois prairies qui sont ainsi arpentées par le jury que je préside. Sont ainsi présents un technicien de la chambre d’agriculture, un entomologue, un botaniste, un apiculteur, un technicien du Parc et quelques autres personnes, dont bien sûr, l’agriculteur gestionnaire du site qui accompagne le jury.

Comment le concours « Prairies fleuries » a-t-il vu le jour ?

Au niveau national, c’est la fédération nationale des Parcs Naturels Régionaux et l’INRA (Institut National de Recherche Agronomique) qui sont à l’initiative de ce concours, auxquels se sont joints différents des organismes tels que la fédération des chasseurs, la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux), l’agence de l’eau, etc. Ce concours a rapidement rencontré l’adhésion sur le terrain, ce qui illustre l’intérêt sociétal fort pour ce sujet, celui des prairies et plus largement celui de la biodiversité.

Quelles sont les modalités du concours ?

Le principe du concours est de récompenser symboliquement l’éleveur qui présente une prairie riche en biodiversité patrimoniale, à la fois animale et végétale, mais aussi une aptitude à être dans un système de production économique efficient. Des parcelles sont présélectionnées par les techniciens du Parc naturel et sont donc ensuite observées par le jury. Le système de notation est conçu de telle façon que la prairie gagnante soit une très bonne synthèse entre biodiversité et valeur fourragère.

Quels sont les principaux critères de sélection ?

Les parcelles choisies doivent être naturelles, elles peuvent éventuellement avoir été sursemées. Elles doivent comporter un grand nombre d’espèces animales et végétales tout en rentrant dans un système productif. Ceci est apprécié par la visite et l’arpentage de la prairie, et par une concertation entre membres du jury.

Décrivez-nous la prairie gagnante en 2012 sur votre zone ?

Les trois prairies gagnantes, sur les trois zones, correspondent à des écosystèmes très différents. Sur la zone des coteaux calcaires de Licques, la parcelle gagnante est une parcelle pâturée par des moutons Boulonnais. L’accès en tracteur y est impossible, en raison de la forte pente. Le seul levier d’action est de jouer sur les périodes de mise à l’herbe des animaux. En zone de prairie d’alluvions, dans la vallée de la Slack, la parcelle gagnante est une prairie de fauche, fertilisée de façon conventionnelle. La troisième parcelle gagnante est une parcelle bocagère menée en alternance fauche/pâture, présentant un fort intérêt fourrager, de nombreuses légumineuses, et des plantes herbacées remarquables.

Le grand public est-il sensible à ces sujets ? Comment l’y associez-vous ?

La société est très sensible à la biodiversité et la prairie y participe. N’est-elle pas un des arguments pour vanter les produits laitiers ? Rappelons que les prairies représentent 50% de la Surface Agricole Utile en France, qu’elle est la première source renouvelable de protéines et d’énergie pour les animaux d’élevage. Je constate que de plus de plus de mesures contraignantes sont mises en place, sous la forme d’obligation ou de volontariat, pour sauvegarder la biodiversité. Il ne faut pas oublier que l’herbe se cultive : un trop fort développement de ces mesures contraignantes pourrait affaiblir le potentiel fourrager de la France. Le semencier est le premier à s’être intéressé à la biodiversité puisqu’il y puise la matière première pour proposer une biodiversité cultivée au service de l’humanité. La participation au concours est l’occasion de faire se rencontrer différents milieux socioprofessionnels et politiques et ainsi de pouvoir échanger ensemble sur ce sujet.
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