Farine de blé noir de Bretagne : récolte 2025 de qualité pour l’IGP

Seule une poignée de producteurs du Centre Bretagne la défendait il y a 40 ans. Grâce à l’IGP obtenue en 2010, la farine de blé noir de Bretagne a su se faire un nom, bien valorisée dans les fameuses galettes. Avec désormais 4 000 ha de sarrasin implantés chaque année, cette filière bretonne de niche défend la tradition et la qualité.

Fleurs de sarrasin « La moisson 2025 de blé noir en Bretagne s’annonce un peu faible en rendements avec 3 500 t attendues de farine IGP, mais la qualité est bien là ©ODG Blé noir tradition Bretagne

Début octobre 2025, la récolte de blé noir - aussi appelé sarrasin - battait son plein en Bretagne, région historique de cette culture (1). « Les rendements ne sont pas très élevés cette campagne, avec 3 500 t attendues de farine IGP, mais la qualité est bien là ! résume Christine Larsonneur, directrice de l’association Blé Noir de Bretagne. Nous totalisons 4 000 ha de blé noir, contre 5 000 ha l’an dernier En 2024, la moisson était très mauvaise, ce qui a freiné la mise en culture cette année. Malgré tout, grâce aux reports de stocks, notamment de 2023, nous aurons de quoi satisfaire nos marchés avec notre farine IGP. »

L’obtention de l’Indication Géographique Protégée remonte à 2010 pour la farine de blé noir de Bretagne. Fruit d’un long...très long combat ! En effet, c’est en 1987 qu’une association de producteurs de Rostrenen dans le Centre Bretagne, berceau de la production de blé noir, a été créée pour sauvegarder ce savoir-faire ancestral. « Ces huit producteurs en bio cultivaient ainsi le blé noir sur des sols pauvres de landes, et faisaient sécher la récolte dans des greniers, avant de la vendre aux minotiers. Ces derniers transformaient les graines en farine alors vendue aux crêpiers. Mais la farine de blé noir n’était pas évidente à travailler, à cause des conditions de séchage aléatoires », rappelle la responsable.

Un cahier des charges strict

C’est pour cela qu’un cahier des charges strict, de la culture à la transformation, en passant par le stockage, a été mis en place au sein de l’association, qui a alors intégré des organismes stockeurs en charge du séchage des graines. Un oOrganisme de dDéfense et de gGestion (ODG) « Blé Noir Tradition Bretagne » a pu voir le jour, rassemblant trois collèges : producteurs, organismes stockeurs et meuniers. Grâce au travail collectif et une demande d’IGP auprès de l’INAO dès 1992, c’est en 2010 que la reconnaissance européenne garantissant un lien entre un produit et un territoire a été validée. L’IGP « farine de blé noir de Bretagne® IGP[LC1.1] » voyait le jour.

« À l’obtention de l’IGP, nous totalisions 1 500 ha pour 200 producteurs de Bretagne et de Loire-Atlantique, et des bordures des départements voisins de Maine-et-Loire et Mayenne, se souvient la directrice. Aujourd’hui, ce sont 400 à 500 producteurs qui mettent en culture le blé noir chaque année, pour un total de 2 500 agriculteurs référencés au sein de notre association. En effet, le blé noir ne peut revenir au mieux qu’une année sur trois sur la même parcelle, d’où l’importance d’un grand nombre de producteurs partenaires. »
 

Une variété unique, et zéro résidu de pesticide

Le cahier des charges décrivant les conditions de production doit être respecté par chaque opérateur. Aucun produit phytosanitaire n’est autorisé en cours de culture, ni au stockage, ce qui en fait une production propre, se félicite Christine Larsonneur. « Nous obligeons nos producteurs à faire des faux-semis, technique qui consiste à gratter le sol avant de semer le blé noir afin de détruire les mauvaises herbes sans herbicide. Seule la variété La Harpe est autorisée en semence. Ensuite, les parcelles destinées à notre IGP sont survolées par un drone pour vérifier l’absence de datura, une plante toxique. Enfin, nous encourageons des semis précoces dès mai, pour récolter avant le 20 octobre, et ainsi s’assurer de la qualité des graines, et de l’absence de molécules de pesticides régulièrement épandues à l’automne sur d’autres cultures, notammentà savoir le prosulfocarbe. Plus de 50 techniciens inspectent les graines dans les sites de collecte, et déclassent des lots s’ils ne sont pas conformes aux attentes. » 

Bien que déjà très exigeante et sans apports de traitement, la culture est aussi suivie en agriculture biologique pour une petite proportion de l’IGP : 450 t en bio, contre 3 500 t en conventionnel sur la dernière campagne, avec une demande qui reste faible pour la bio.
 

Une valorisation chez les artisans crêpiers

Grâce aux exigences de l’IGP, les consommateurs sont assurés que le blé noir a été cultivé, stocké et écrasé en Bretagne. La farine qui en est issue est avant tout valorisée par les crêperies artisanales, mais aussi en GMS et via les épiceries fines. « Malheureusement, les crêperies industrielles préfèrent se tourner vers des farines de blé noir françaises sans cahier des charge spécifique, et parfois d’Europe de l’Est, avec une qualité moindre et une traçabilité des pratiques non garantie », déplore la responsable, qui assure que la filière serait en capacité de fournir des volumes bien supérieurs. Une rémunération avantageuse pour les producteurs (200 à 300 euros/t au dessusau-dessus d’un sarrasin classique) assure toujours un vivier suffisant côté production.

Pour garantir l’avenir de cette petite filière, Christine Larsonneur espère davantage de soutien de la région Bretagne. « Nous avons réussi à construire cette filière et à la développer jusque-là en quasi autonomie financière, avec un budget constitué des cotisations sur chaque tonne livrée et transformée. Et nous en sommes très fiers. Mais un soutien accru de la Région à cette production historique serait un vrai atout pour envisager un avenir serein ! »

Olivier Lévêque

S’il est aussi appelé blé noir, le sarrasin n’est pourtant pas une céréale. Il appartient à la famille des polygonacées, au même titre que l'oseille, les renouées et la rhubarbe. Cette plante est rustique et pousse rapidement sur des sols plutôt pauvres. Avec une hauteur de 20 à 70 cm, le sarrasin est une plante annuelle à feuilles en forme de cœur renversé. Ses fleurs sont petites, de couleur blanche ou rose, groupées en grappes serrées. Ses fruits, appelés akènes et avec une forme spécifique à trois angles, contiennent une seule graine hautement nutritive, riches en protéines, fibres solubles et en composés antioxydants.
Les graines de sarrasin sont destinées à l'alimentation humaine comme animale. Les graines, dépourvues de gluten, sont plébiscitées par les personnes souffrant de la maladie coeliaque. Elles sont cependant difficiles à utiliser seulespur en panification (pain noir) ou pour la confection des pâtes. 
 

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