Les plantes sauvages à la reconquête des paysages

Les coquelicots et les bleuets réapparaissent dans les campagnes et dans les villes. Sur les bords d’autoroute comme aux alentours des sites industriels, elles évitent l’érosion des sols et donc les risques d’éboulis sur la chaussée. De plus, elles n’exigent que peu d’entretien. Ces plantes sauvages constituent un nouveau marché, qui séduit de plus en plus… L’équipe de Phytosem témoigne.

Les plantes sauvages, un véritable métier

« Nous sélectionnons des espèces et des variétés adaptées à la région et n’ayant subi aucune amélioration génétique », explique Julien Planche, directeur technique chez Phytosem. Phytosem est un semencier français, spécialisé dans la production de semences d'espèces sauvages. Les semences commercialisées sont soit issues de parcelle de multiplication, soit collectées sur des sites naturels. Les mélanges mis sur le marché intéressent les collectivités locales, les aménageurs de bords de route et les industriels.

« L’idée est de proposer des couverts végétaux résistants et pérennes “à la carte”, en privilégiant des espèces natives et vivaces, relate Julien Planche. Nous récoltons des populations sauvages dans les Alpes du Sud et en Provence, afin de maximiser leur adaptation dans des contextes parfois difficiles comme les bords de route, les fossés ou les bassins de rétention d’eau ». Avec l’aide d’une cinquantaine d’agriculteurs-multiplicateurs, le semencier produit ainsi 15 à 20 tonnes de semences de plantes sauvages par an. Quatre espèces représentent à elles seules 80 % du marché : la pimprenelle aux fleurs rosées, le lin pérenne, la marguerite et le plantain lancéolé. Mais il y a aussi des bleuets, des coquelicots ou des chrysanthèmes des moissons, que l’on associe généralement à des graminées à gazon.

Une aubaine pour les pollinisateurs

Le nombre d’insectes pollinisateurs a diminué drastiquement faute, notamment, d’avoir accès à du pollen et du nectar en quantité et en qualité. Aujourd’hui, à l’instar du réseau « Biodiversité pour les abeilles », les professionnels recommandent les mélanges de fleurs sauvages qui assurent une alimentation pollinique équilibrée pour rallonger l’espérance de vie des pollinisateurs domestiqués, comme les abeilles, ou sauvages.

Les plantes sauvages sélectionnées dans les mélanges présentent des floraisons décalées. Ainsi, plus le panel de plantes proposé sera vaste, plus le nombre et la diversité des pollinisateurs seront grands.

Les jardiniers et les agriculteurs s’y intéressent de plus en plus

L’engouement pour les mélanges de plantes sauvages, qui réconcilient intérêt agricole et attentes environnementales de la société, va croissant. Beaucoup de grands semenciers se sont lancés sur ce marché de niche... Les labels de qualité (confer encadré ci-dessous) devraient permettre de valoriser les productions locales, face aux importations de plantes récoltées dans l’Europe de l’Est. « Il faut quand même être patient, fait remarquer Julien Planche. Les vivaces ont besoin de temps pour s’installer, presque une année ! ».

La plante et son pollinisateur : un couple indissociable

Vincent DOUARRE - Coordinateur réseaux MVEB - CEBC - CNRS. Production : Métaphore, © GNIS 2013


Deux labels ont vu le jour entre 2012 et 2014 pour garantir la qualité des mélanges de semences d’espèces sauvages, et surtout leur origine. Le signe de qualité « Végétal local » permet de certifier l’origine locale des plantes, alors que le label « Vraies messicoles » permet de remettre à l’honneur les fleurs qui accompagnent historiquement les cultures de céréales, comme les coquelicots et les bleuets. Dans les deux cas, des systèmes d’audit et de suivi accompagnent l’adhésion à ces labels et un volet de conservation des populations est mise en place pour maintenir un maximum de biodiversité.

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