Le tritordeum, une céréale qui mérite d'être connue

Issu du croisement entre un blé dur et une orge sauvage, le tritordeum a vu le jour en Espagne, en 2012, après plus de 30 années de recherche. En France, les premiers hectares ont été implantés en 2015. Depuis, cette céréale, peu gourmande en intrants et affichant de solides atouts nutritionnels, ne demande qu’à se faire connaître pour séduire les consommateurs.

Le tritordeum, nouvelle céréale © Agrasys

Après le triticale issu de la combinaison entre le blé dur et le seigle, le tritordeum est la deuxième céréale créée par l’homme. Pas de modification génétique pour aboutir à ce résultat mais un croisement, par sélection classique, entre un blé dur (Triticum durum) et une orge sauvage (Hordeum chilense) originaire du Chili. Le mot, tritordeum, est lui aussi un mixte entre celui de ses parents : Triticum et Hordeum. Le tritordeum est cultivé en Europe depuis 2012 : en Espagne tout d’abord. Puis rapidement, il séduit d’autres pays comme l’Italie, la Grèce, le Portugal et plus récemment, la France, en 2015. La société espagnole Agrasys détient le programme de sélection ainsi que les droits exclusifs de la commercialisation. En France, cette structure travaille avec Agri-Obtentions qui assure la production et la vente des semences ainsi que la mise en place d’essais.

Des atouts agronomiques, environnementaux et nutritionnels

Pour 2019, Agrasys prévoit, en Europe, l’implantation de 900 ha de tritordeum, « dont la moitié en bio, précise Anton Autier, responsable de la filière française pour Agrasys. Dans l’hexagone, la sole devrait atteindre 50 ha, principalement dans la Drôme et en Charente ». Si cette céréale apprécie le climat méditerranéen, les recherches visent à l’acclimater à des conditions plus fraiches et plus humides. « Des essais sont par exemple en cours en Bretagne et dans les Hauts-de-France », précise-t-il.
Les atouts du tritordeum, multiples, font de cette culture une alternative aux céréales classiques. D’un point de vue agronomique et environnemental tout d’abord. Elle est peu sensible aux maladies, peu gourmande en fertilisants et résiste bien à la sécheresse. Adaptée aux terres légères et acides, elle cherche désormais à conquérir de nouveaux territoires. Les essais actuels visent à affiner l’itinéraire technique, notamment pour ajuster la date de semis et accroître sa productivité : 20 à 30 q/ha aujourd’hui pour des parcelles conduites en bio et jusqu’à 50 q pour celles menées en conventionnel. Mais le tritordeum affiche également de solides atouts nutritionnels. Il contient plus de fibres, de lutéine, et d’acide oléique que le blé commun : des éléments bénéfiques à notre santé oculaire, intestinale et cardiovasculaire. Son gluten est également mieux assimilé. 
 

De la farine... et du malt

Les 4000 tonnes de grains récoltés chaque année sont transformées par les meuniers en 3000 tonnes de farine. Les usages sont multiples : viennoiseries, pain, pâte à pizza, pâtes alimentaires... Son goût, légèrement sucré et fruité, est très apprécié des consommateurs. « Mais le tritordeum, ce n’est pas que de la farine, prévient Anton Autier ! Nous fabriquons également du malt, destiné aux brasseurs. Les Espagnols, les Belges et les Allemands apprécient. Reste à faire découvrir la bière de tritordeum aux autres pays européens. »

Pour l’heure, seules deux variétés de tritordeum sont disponibles à la vente. Mais Anton Autier, responsable de la filière française pour Agrasys, assure qu’une troisième variété devrait prochainement être enregistrée. L’enjeu est de proposer une génétique plus adaptée aux régions du nord de l’Europe et ainsi, proposer une nouvelle alternative au sein des rotations des céréaliers. 

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