L'agriculture urbaine redessine les villes du 21e siècle

Ici, des laitues cultivées sur un toit qui finiront dans les assiettes du restaurant d'à côté, là un container au milieu de Paris qui produit des fraises toute l'année. Ou encore des potagers associatifs qui se glissent entre deux immeubles. L'agriculture urbaine commence à semer ses idées dans plusieurs villes de France. De plus en plus d'initiatives sortent de terre et se fraient un chemin pour reconnecter les citadins avec l'agriculture, et questionner notre rapport à l'alimentation.

Le Potager de la Cantine : 930 m² de cultures installées dans le centre de Nantes – Crédit : Thomas Louapre

L’agriculture urbaine constitue une tendance relativement récente en France. Le phénomène s'est d’abord développé par nécessité dans les pays en voie de développement. Les paysans migrant vers les villes cherchaient alors à y cultiver de petites surfaces pour survivre. Dans un deuxième temps ‒ et depuis plusieurs décennies déjà ‒, l'agriculture urbaine s'est étendue en Amérique du Nord et dans les pays d'Europe du Nord.

Une arrivée tardive en France 

En France, l'agriculture urbaine en est à encore à ses balbutiements mais commence à mobiliser de nombreux acteurs, publics et privés. Les projets qui se montent peuvent être motivés par des objectifs très différents. Dans ce rapprochement avec le milieu rural, les villes voient l'occasion de de développer un nouveau modèle de ville plus verte et donc de répondre aux attentes des habitants. La mairie de Paris a ainsi lancé en 2016 un appel à projets pour végétaliser 100 hectares, dont un tiers dédié à l'agriculture urbaine.

Pour d'autres acteurs, l'agriculture urbaine répond à la problématique de l'origine et de la qualité de nos produits alimentaires : cultiver sur place au coeur des villes des aliments sains et frais. Enfin, certains porteurs de projets souhaitent tout simplement sensibiliser les citadins au rôle de l'agriculture.

A la conquête du bâti

Les premières initiatives lancées ont utilisé l'espace urbain non bâti pour installer des potagers : toits, terrains vagues, jardins publiques, ronds-points... D'autres projets à plus grande échelle et partant à l’assaut du bâti commencent à voir le jour, comme les serres installées sur les toits ou les fermes verticales.

L'agriculture urbaine se caractérise donc par une grande multiplicité de formes ; multiplicité dans les lieux retenus (friches abandonnées, toits, anciens sites industriels, etc.), mais aussi dans les supports de production choisis : pleine terre, substrats rapportés et pouvant notamment provenir des déchets produits par la ville (terre, déchets verts ou organiques), ou cultures hors sol (hydroponie, par exemple). Les systèmes de distribution sont également variés : vente sur place, marchés, magasins de producteur, grande distribution, restaurants, paniers... Cette grande diversité de cas de figure traduit une agriculture urbaine loin d’être standardisée, mais qui, au contraire, s'adapte aux particularités et aux écosystèmes que l'on trouve dans la ville.

On pourrait donc s’attendre à ce que l’agriculture urbaine en France ne quitte plus sa pente ascendante… Pas si simple ! En réalité, son développement est menacé par des facteurs inhérents à l’espace urbain : le prix élevé du foncier, la pollution des sols, l'artificialiation des terres, les circuits de distribution déjà existants. Pourtant l’agriculture urbaine a toutes les raisons de tirer profit des avantages que la ville concède : proximité des consommateurs, déchets organiques et déchets verts. L'agriculture urbaine peut ainsi s'insérer dans l'économie circulaire, en utilisant les déchets de la ville comme fertilisants pour les plantes.

De nombreux atouts

La première motivation de l'agriculture urbaine est de produire des aliments là où se trouvent les consommateurs. Cette proximité permet notamment de réduire le transport, le gaspillage et la dégradation des aliments. Les produits, fruits, légumes ou autres sont récoltés à maturité et conservent toute leur fraîcheur et leurs nutriments.

Il semble évidemment difficile que les grandes villes deviennent autosuffisantes en produits alimentaires car la production n’y est pas assez importante, mais des marges de progrès sont réalisables. La ville d'Albi, par exemple, a lancé un ambitieux programme d'autonomie alimentaire à l'horizon 2020. Les habitants devraient être en mesure de s'approvisionner en denrées produites dans un rayon de 60 km autour de la ville, grâce à l'agriculture urbaine, aux jardins partagés et aux circuits courts.

En plus de la production de nourriture, l'agriculture urbaine offre d'autres services pour les habitants. La mise en culture de zones qui n'étaient pas valorisées jusqu'à présent, comme les toits ou les friches, participe à l'aménagement paysager de la ville et contribue à l'amélioration de la qualité de vie des habitants. Citons le démonstrateur d'agriculture urbaine « Les fermes en ville » qui a permis, en hors sol sur le site d'une ancienne décharge, la culture de fraises, salades, framboises.... Autre fonction de l'agriculture urbaine : informer et sensibiliser les citadins sur le fonctionnement et le rôle de l'agriculture, mais aussi sur l'origine des produits, la saisonnalité des fruits et légumes, le goût des aliments cueillis à maturité. Et l’on sait, sur ces sujets, à quel point les attentes des citoyens sont importantes…

Pour aller plus loin, découvrez 3 projets innovants en agriculture urbaine dans la section "Les interviews" ci-dessous...

Quel avenir pour le végétal en ville ?

Emission Semence Mag - 3 mars 2016. Invités : Xavier Laureau (Producteur agricole et paysagiste des fermes de Gally), Pauline Laille (Chargée de mission chez Plante et cité), Jean Pierre Bouanha (Architecte-urbaniste)
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Tout mon potager dans 1m2

Tournée sur le SIA 2015
Emission "Semences Mag" de Campagnes TV - Samedi 28 février 2015

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