Bio Loire Océan : de la sélection à la commercialisation

Cécile Morvan

Cécile Morvan coordonne l’association Bio Loire Océan qui regroupe aujourd’hui 70 maraîchers et arboriculteurs, bio ou en conversion, des Pays de la Loire. Elle pilote également les programmes de recherche qui visent, notamment, à identifier des variétés plus goûteuses et plus résilientes face au changement climatique. Parmi les légumes stars de l’association, la carotte et la tomate… sous toutes leurs formes et couleurs.

Pouvez-vous nous présenter Bio Loire Océan ?

Bio Loire Océan est une association de producteurs de fruits et légumes, créée en 1997, qui regroupe aujourd’hui 70 arboriculteurs et maraîchers, répartis sur une cinquantaine de fermes implantées dans les Pays de la Loire, en agriculture biologique ou en conversion. L’idée première était de développer et structurer la filière. Comment ? En se regroupant pour optimiser la vente de leurs produits, identifier les débouchés et planifier les volumes pour un meilleur ajustement entre l’offre et la demande. Le tout, en garantissant un juste prix. L’association est aussi un lieu pour échanger sur les problématiques rencontrées et partager les techniques de production. Les membres de l’association sont représentatifs du territoire : de petites fermes en permaculture côtoient ainsi des exploitations de plus de 80 ha.

En quoi se démarque votre association ?

Notre association possède, depuis 2005, son propre cahier des charges de production : l’assurance que tous avancent dans la même direction. Sur le plan technique, mais pas seulement. Les volets environnementaux, sociaux et sociétaux sont également évoqués dans notre cahier des charges. Ce dernier est même devenu obligatoire en 2017, après avoir évolué plusieurs fois. En parallèle, nous avons créé le label « Bio Loire Océan ». Depuis, chaque ferme est contrôlée annuellement par un organisme certificateur indépendant. Derrière cette rigueur, nous souhaitons assurer à tous nos clients que les produits étiquetés Bio Loire Océan sont porteurs de sens : solidarité, emploi, biodiversité, pratiques commerciales équitables…

D’où viennent les semences utilisées par les producteurs ?

Si la plupart des semences utilisées proviennent des catalogues officiels des semenciers, nous nous attachons aussi, depuis 2005, à tester et produire de nouvelles variétés, plus adaptées à l’agriculture biologique et au contexte local. Ces expérimentations ont déjà permis de multiplier et de réintroduire des variétés de conservatoire comme par exemple la carotte ‘Violette de la Loire’, la tomate cerise ‘Noire du Layon’, l’aubergine ‘Prospéra’ ou le potiron ‘Gris de Vendée’. Pour ces variétés anciennes, issues de semences paysannes, la production est assurée par les maraîchers volontaires au sein du réseau. Dans les magasins où sont vendus ces légumes, nous mettons à disposition des clients des fiches pour faire connaître tout ce travail de sélection, expliquer l’origine de ces produits et donner quelques conseils pour bien les cuisiner.

Que représente ce travail de recherche pour l’association ?

C’est un vrai travail de fond appuyé par la connaissance en multiplication de semences de plusieurs agriculteurs bio. Nous travaillons également avec l’Inrae, l’Institut Agro Rennes-Angers mais aussi Végépolys. L’enjeu est non seulement de développer des variétés plus robustes mais aussi de retrouver certains goûts oubliés. Nous misons beaucoup sur les variétés population, plus hétérogènes. En bio, nous prônons la biodiversité des systèmes de production : cela passe aussi, à mon sens, par la diversité des variétés semées. Même si nous ne nous interdisons pas le recours aux hybrides, nous constatons que les variétés population sont beaucoup plus « plastiques » et parfois mieux adaptées à des itinéraires techniques sans engrais ni produits phytosanitaires de synthèse. Tous les membres de l’association ne participent pas à ce projet de recherche. Cette dynamique est basée sur le volontariat. Ceux qui le font sont motivés par diverses raisons. Si certains souhaitent sécuriser leur production en multipliant leurs propres semences, d’autres aiment tester pour tenter de mettre au point le légume qui fera la différence tant par sa forme, sa couleur ou son goût. Ce dernier critère reste d’ailleurs le principal axe de sélection. Nous continuons de travailler principalement la carotte, la tomate, le poireau, après avoir testé également le panais, les épinards et les haricots, les aubergines ou les poivrons, moins différenciants d’un point de vue gustatif entre variétés.

L’eau est-elle une autre problématique regardée de près ?

Oui, même si tous nos producteurs possèdent l’irrigation sur leur exploitation. Nous menons d’ailleurs un vaste programme de recherche sur la problématique de l’eau et, plus largement, sur les conséquences du changement climatique. Une thèse a même été conduite sur ce thème par Louis Amiot, étudiant à l’université de Rennes. Les solutions existent, à commencer par l’ajustement des techniques de production et la diversité des espèces semées au sein de l’assolement. Notre cahier des charges impose par exemple aux arboriculteurs la présence d’au moins 10 variétés différentes au sein d’un même verger : cela étale les dates de floraison et limite les risques face aux éventuels gels printaniers. C’est aussi cela le gros avantage du collectif : partager ses expériences, bonnes ou mauvaises, et avoir l’envie de progresser, ensemble.

Concrètement, par quels biais les agriculteurs vendent-ils leurs productions ?

L’association n’est pas un bureau de vente : chaque producteur reste maître de ses choix commerciaux, tant sur les clients que sur les tarifs. Toutefois, nous assurons, en moyenne, 20 % des ventes de leurs volumes, en essayant de ne pas dépasser 40 %. Cela nous semble important que les chefs d’exploitation conservent la main sur la commercialisation de leur production. Bio Loire Océan approvisionne aussi bien le marché local que national, sous différentes formes : en vente directe à la ferme, sur des marchés, dans les magasins Biocoop, mais aussi dans nos halles bio solidaires et nos paniers, distribués par l’intermédiaire de grossistes, à des magasins ou des cantines. Notre cahier des charges interdisant le chauffage et l’éclairage des serres, nos produits sont obligatoirement de saison. Au total, cela représente près de 2500 tonnes de fruits et légumes. Le plus cultivé ? La patate douce. Nous ne possédons aucune plateforme logistique, pour limiter les coûts : tout part des fermes avec toutefois quelques points de regroupements chez certains producteurs.

Quels sont vos projets pour les années à venir ?

L’objectif est bien sûr d’accueillir de nouveaux adhérents, de développer la consommation pour multiplier les débouchés pour nos producteurs, tout en poursuivant nos travaux de recherche, en anticipant au mieux les évolutions à venir. Nous restons également en veille sur ce qui se passe en France et à l’étranger pour mieux comprendre les marchés et s’adapter si besoin. Les projets ne manquent pas.

Propos recueillis par Anne Gilet

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