Le chanvre, la plante 100 % écolo

Dans la famille des plantes à fibre, le chanvre est une culture que le grand public redécouvre, alors même que c’est une des premières plantes domestiquées par l'homme et cela, dès la préhistoire. Le chanvre est cultivé entre le printemps et l’automne, et ne nécessite que peu d’eau, d’intrants et de travail mécanique. Dans cette plante, rien ne se perd, tout se transforme : tige, fibre, graines… car la filière innove sans cesse dans les domaines de l’alimentation, de la construction ou de la santé.

Plante de chanvre ©Unsplash- Sam Doucette

Une culture en phase avec les attentes sociétales

Le chanvre est une plante écolo car elle ne nécessite pas de produit phytosanitaire en végétation et elle consomme peu d’eau. Elle peut atteindre 5 mètres de hauteur et accueille de la biodiversité animale et végétale tout au long de son cycle de culture. Et cela, sans que cela nuise à sa croissance, car elle est naturellement résistante à de nombreuses maladies.  Elle a, de plus, des racines profondes qui aèrent le sol pour les cultures suivantes. Surtout, elle est récoltée puis transformée de manière mécanique. Cette particularité est un gage de qualité pour les consommateurs.

Une coopérative et un centre de recherche pour produire des semences certifiées

Mais si le chanvre est considéré comme une plante rustique, sa culture n’en est pas moins contrôlée. En effet, différentes variétés de chanvre existent, dont Cannabis sativa, le chanvre qui est cultivé en champ et Cannabis indica, le cannabis, qui diffère du chanvre par son taux en cannabinoïdes, molécules psychotropes (THC) et/ou thérapeutiques (CBD). La filière « chanvre » répond donc à la fois à des normes liées aux variétés, mais aussi à des normes sanitaires, puisque les variétés de chanvre autorisées et cultivées en France (Cannabis sativa) ne doivent pas contenir plus de 0,2 % de THC.

Une coopérative (Hemp It) et un centre de recherche associé (Hemp It Adn), dédié à l’innovation et à la création variétale, assurent l’approvisionnement en semences certifiées aux 1 500 producteurs de chanvre. « Nous sommes implantés dans le Maine et Loire, une région historiquement favorable à la production de semences de chanvre » indique Jacques Martin, président de la coopérative. « Nous produisons 1 400 tonnes de semences certifiées pour les 11 variétés inscrites au catalogue français et qui sont commercialisées, mais nous avons aussi, en collection, environ 160 autres variétés que nous avons étudiées finement d’un point de vue génétique et qui constituent la base de nos nouveaux programmes de sélection ».

Des applications très variées

Tout se transforme dans le chanvre, et les applications sont très variées. Comme le rappelle Julien Bouffartigue, responsable de la section lin et chanvre au GNIS, l’interprofession des semences et des plants, « le chanvre est consommé sous forme d’huile, de farines ou de graines, mais est aussi utilisé dans les cosmétiques, les textiles, les bâtiments (isolants thermiques, coupe-feu et goudron…), en paillage de jardin ou de litière pour animaux, ou encore incorporé dans des matières plastiques pour en alléger le poids. »  On retrouve ainsi des fibres de chanvre dans les tableaux de bord de nombreux véhicules.

Une filière petite en taille mais riche en innovation

Cette diversité de produits à transformer (la graine, la tige, la fibre et même les poussières issues du désassemblage de la plante) exige des investissements et une interprofession dynamique pour promouvoir de nouveaux débouchés. « Le chanvre que nous proposons est 100% français, local et durable » indique Nathalie Fichaux, directrice de l’interprofession InterChanvre et secrétaire générale de « Construire en chanvre ». « Nous avons développé des labels pour chaque produit, et la filière investit 15 % de son chiffre d’affaires en recherche et développement, notamment pour diversifier ses débouchés. Ainsi, nous avons développé un partenariat avec le Comité français des jeux olympiques de 2024 à Paris pour construire des bâtiments en béton de chanvre pour le Village Olympique. InterChanvre est toujours ouvert aux nouveaux marchés légaux. »

Une opportunité nouvelle avec le cannabis thérapeutique

Les instances de santé françaises ont autorisé, en janvier 2020, une autorisation d’expérimentation sur des malades, pour tester les usages, les variétés et les dosages des cannabis thérapeutiques. « Il s’agit là de l’utilisation de la fleur entière de cannabis, contenant des teneurs significatives de THC et de CBD, qui sera un médicament ».

D’un point de vue médical, le CBD a plutôt des vertus de détente et n’induit pas de dépendance, contrairement au THC qui a des effets plutôt euphoriques et psychotropes, et est donc considéré comme une drogue.

Le cannabis à visée médicale sera expérimenté chez des patients en "impasse thérapeutique", souffrant de certaines formes d’épilepsie résistantes aux traitements, de douleurs neuropathiques (résultant de lésions nerveuses) non soulagées par d’autres thérapies, d’effets secondaires des chimiothérapies ou encore pour les soins palliatifs et les contractions musculaires incontrôlées de la sclérose en plaques.

 

« Le groupe InVivo a développé toute l’expertise agronomique et technologique nécessaire, au sein d’un consortium public-privé, « de la graine au patient », explique Yves Christol, directeur général InVivoFood&Tech, et responsable du projet. « L’objectif est de produire une centaine de tonnes de produit pour les 300 000 patients ciblés par l’étude, ce qui nécessite des installations confinées de la taille d’un centre commercial ou d’une exploitation de maraichage. Il faut créer un accès sécurisé en qualité et en disponibilité de ce cannabis thérapeutique pour approvisionner le marché français en produits français, et non canadiens ou chinois ».

On est loin d’un nouveau marché pour les agriculteurs qui voudraient se lancer dans le cannabis, sauf si le cannabis « bien-être » ou « récréatif » venaient à être dépénalisés en France.

La France est déjà leader européen de production de chanvre avec plus de 17 000 hectares cultivés. Plante écolo aux multiples usages, elle devrait encore gagner en notoriété grâce à ses nouveaux débouchés : matériaux de construction plus durables, huiles alimentaires avec un bon profil d’acides gras et maintenant médicament. On peut même utiliser les poussières et les reliquats des plantes en bout de chaine de transformation (24%) comme co-produits pour produire de l’énergie. Tout sert, on vous dit !

Marie Rigouzzo

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