Opération « Papillons et Jardin » : nous pouvons tous participer

Papillon <i>Petite tortue</i> © Claire Galvez/Noé Conservation
Aujourd’hui fortement menacés par les activités humaines, les papillons peuvent trouver refuge dans nos jardins et dans nos espaces publics. Symboles de l’été, ils vont là où le vent les mène et s’arrêtent aussitôt qu’ils trouvent une flore aux nectars prometteurs, allouant une touche de poésie et d’animation à nos paysages. Noé conservation, en partenariat avec le Muséum National d’Histoire Naturelle, nous aide à les connaître, à mieux les accueillir et les protéger, avec le programme « Papillons & Jardin ».

Les papillons sont fragiles et indispensables

Les papillons regroupent aujourd’hui 165.000 espèces répertoriées et seraient apparus il y a environ 150 millions d’années, leur évolution étant intimement liée à celle des plantes à fleurs. En France, on dénombre aujourd’hui plus de 5.000 espèces, papillons de jour et de nuit confondus. A l’heure où les scientifiques nous alertent sur « la sixième grande crise d’extinction des espèces », le déclin des papillons est particulièrement marqué. En Grande-Bretagne, une étude a montré que les populations de papillons ont chuté de 71% en 20 ans. Une autre étude conclut sur une réduction de 50% en 14 ans de leur présence dans les milieux herbeux en Europe. Pollinisateurs et proies pour de nombreux animaux (oiseaux, araignées, batraciens, chauves-souris, etc.), ils constituent pourtant un des premiers maillons de la chaîne alimentaire et un pilier essentiel de nos écosystèmes. Le papillon, qui succède à la chenille, se nourrit du nectar des fleurs et assure ainsi leur pollinisation : dans une telle symbiose, la vie des uns est liée à celle des autres. Il est donc urgent de mettre en place des actions de préservation des milieux naturels (niches écologiques, plantes hôtes, zones humides…). Pour cela, l’opération « Papillons et Jardin » associe notamment jardiniers amateurs, associations naturalistes, entreprises, gestionnaires de sites et scientifiques.

Les activités humaines responsables de leur déclin

La destruction, ou simplement la fragmentation des habitats naturels, la raréfaction des plantes hôtes, le drainage, l’intensification des pratiques agricoles (monoculture, disparition des haies, utilisation d’insecticides mais aussi d’herbicides affectant les plantes hôtes…), l’éclairage nocturne ou encore le changement climatique expliquent en grande partie la régression actuelle des populations de papillons. Les zones de prairie sont particulièrement importantes car elles sont plus riches en biodiversité, et les papillons y trouvent aisément les plantes spécifiques leur permettant de se nourrir et de pondre leurs œufs, pour assurer leur cycle biologique. Cette « flore champêtre » fournissait à la fois le précieux nectar et des zones naturelles de refuge. Aujourd'hui, beaucoup d’espaces sont encore susceptibles d'accueillir des papillons, comme les jardins privés, les espaces verts, les bords de route et les chemins, les lisières, les haies, les friches et les jachères

Développer le jardinage éco-citoyen

En France, les jardins couvrent plus d’un million d’hectares, et peuvent être sources de biodiversité. L’implantation de prairies fleuries constitue un bel exemple d’aménagement pour entraver le déclin des papillons, l’idéal étant, pour satisfaire au mieux ces beaux lépidoptères, de semer ces prairies dans des lieux ensoleillés et bien abrités du vent. Les mélanges « prairies fleuries » ne présentent pas tous le même intérêt pour les papillons. En effet, certains mélanges favorisent davantage les abeilles domestiques ou ont été sélectionnés pour leur caractère esthétique. De plus en plus de mélanges sont proposés aux jardiniers pour semer des parcelles destinées aux pollinisateurs (abeilles, bourdons, papillons, etc.). Ils y trouveront de la nourriture en abondance, ainsi qu’un abri pour nicher et se reproduire, durant toute la belle saison.

Mobiliser les gestionnaires d’espaces naturels

Le programme s’attache aussi à mobiliser les gestionnaires d’espaces naturels et à engager une réflexion sur la conservation des papillons (protection des espèces menacées et gestion des zones naturelles d’habitat). Des outils techniques, pédagogiques et de communication (dépliants, planches photo, affiches…) sont mis à disposition par l’association pour permettre la sensibilisation aux enjeux de préservation et pouvoir impliquer l'ensemble des parties prenantes : gestionnaires, grand public, écoles, élus, entreprises… En renforçant la protection des papillons, « ces billets doux pliés en deux qui cherchent une adresse de fleur» (Jules Renard), d’autres animaux comme les insectes, les escargots, les oiseaux ou les reptiles, pourront également, en fonction des milieux considérés, bénéficier de ces conditions écologiques plus favorables.
Devenir membre bénévole de l’ « Observatoire des Papillons des Jardins », c’est choisir un jardin et y compter les papillons après les avoir identifiés. Ce type de réseau amateur est primordial car malgré leur importance pour l’écosystème, on détient aujourd’hui peu d’informations sur ces insectes, leur diversité, leur disparité régionale, leurs exigences écologiques et leur évolution. Les observations couvrent 28 espèces de papillons. Afin de faciliter leur identification, des cartes d’identité et d’autres outils sont présentés sur le site Internet de Noé Conservation. En 2010, 129.000 papillons ont ainsi été comptabilisés dans 2.640 jardins. Pour devenir membre de l’Observatoire des Papillons des Jardins : http://www.noeconservation.org
26 espèces de papillons sont protégées par la loi française grâce au décret du 22 juillet 1993. Le Petit Apollon, le Nacré tyrrhénien et l’Azuré du Serpolet font ainsi partie des espèces dont la destruction, la capture et le commerce sont interdits. Mais pour porter ses fruits, cette protection légale doit venir en complément d’une bonne connaissance des différentes espèces et de leurs aires de répartition, d’une sensibilisation du public, et de mesures visant à leur conservation. La Directive Européenne « Habitats, Faune, Flore » est entrée en vigueur en 1994. Elle a pour objectif le maintien de la biodiversité par la conservation des habitats, de la faune et de la flore sauvages. Cette Directive est notamment à l’origine de la mise en place du Réseau « Natura 2000 » (zones protégées). En 2011, la France compte 1.368 sites d’intérêt communautaire proposés au titre de cette directive « Habitats Faune Flore » soit 8,4% de la surface nationale.

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