De l'intérêt écologique du riz en Camargue

La Camargue, ce sont des images d’oiseaux migrateurs et de marais sauvages. Mais cette zone exceptionnelle en France fait face à des défis écologiques importants : artificialisation, ensablement, et surtout salinisation. La culture du riz s’avère très intéressante pour conserver cet écosystème si particulier.

Rizières de camargue © Gnis-Sébastien Champion

Terre de contrastes

Le delta du Rhône est en évolution perpétuelle, sous l’influence conjuguée du climat, de l’eau douce et salée, de la faune et de la flore, des activités humaines. Largement ouverte sur la mer, peu peuplée, la Camargue évoque pour nous de somptueux paysages naturels. Zone humide exceptionnelle, elle se situe dans l’axe de migration des oiseaux du nord de l’Europe vers l’Afrique, et constitue un relais vital pour l’avifaune : plus d’un milliard d’oiseaux y transitent chaque année. Elle accueille nombre d’espèces animales (canards, flamants roses, hérons garde-bœufs, tortues sauvages d'eau douce, ragondins, moustiques, etc.) et végétales (salicornes, saladelles, cannes de Provence, lis des sables, etc.).

La Camargue est aussi un territoire façonné par les hommes

L’horizon infini se décline en marais, lagunes, steppes salées, mais aussi en champs, rizières, pâturages, habitations... Les flamants roses côtoient les taureaux d’élevage. Des étendues sauvages contrastent avec un fort degré d’artificialisation, surtout depuis l’endiguement du fleuve et de la mer. Les paysages sont marqués par ces activités humaines : industries salinières, riziculture, tourisme, etc. Les salins de Giraud et d’Aigues-Mortes ont par exemple converti des lagunes en bassins successifs de concentration du sel.

Irrigation et drainage ont favorisé l’agriculture

La terre camarguaise est si difficile à cultiver (sols lourds et salés, tempêtes marines, mistral, etc.) qu’elle est restée longtemps un territoire de chasse et de pêche. L’agriculture ne s’y développe vraiment qu’à partir du milieu du XIXe siècle, avec la construction des digues pour contenir les crues du Rhône et les invasions d’eaux salées. L’augmentation des capacités d’irrigation et de drainage, conjuguée aux atouts de la région (disponibilité en eau douce, ensoleillement, terrain plat), permettent l’extension des céréales, de la vigne ; puis des rizières après la seconde guerre mondiale. 

Une production sous label IGP

Après une période faste dans les années 1960, puis de crise dans les années 1980, la production de riz s’est stabilisée. Mais les conditions de chaleur en Camargue sont à peine suffisantes, surtout pour les variétés à grains longs, les plus consommées. Malgré les efforts de sélection du Centre Français du Riz qui cherche des variétés adaptées aux conditions très particulières du milieu, la culture du riz reste une production à risque sur un marché concurrentiel. Ainsi, les producteurs de riz ont décidé de mettre en place un signe de qualité (IGP « Riz de Camargue »), et certains d’entre eux se sont orientés vers une agriculture biologique. 

Agriculture en conditions extrêmes !

L’itinéraire cultural du riz est particulier : le climat n'autorise qu'une seule culture par an, semée en avril. Après le semis, la gestion de l'eau dans la parcelle a un rôle déterminant (alternance d’assèchement et de remise en eau en fonction du climat, de l'état du peuplement, des interventions culturales). En cours de culture, les riziculteurs apportent quelques engrais et interviennent selon les besoins contre les mauvaises herbes et les attaques d'insectes. La récolte débute mi-septembre grâce à une moissonneuse-batteuse adaptée aux sols humides.

Le riz, culture n° 1 de la Camargue

Avec environ 20.000 ha, le riz est la production dominante en Camargue. A l’ouest, sur les sols plus sableux, se trouvent des cultures de vigne et d’asperges ; au nord, le maraîchage et une arboriculture irriguée. Dans le sud, les terrains bas sont associés à l'élevage des taureaux et des chevaux. Les terres cultivées couvrent aujourd’hui un tiers du delta.

Maintenir l’équilibre fragile du delta

Grands consommateurs d’eau, les systèmes de culture à base de riz inondé jouent un rôle considérable dans la régulation de l’hydrologie camarguaise au printemps et en été. En apportant de l'eau douce, la riziculture permet de valoriser l’eau nécessaire au dessalement du sol, et de maintenir l'équilibre fragile du delta. Elle joue un rôle de « pivot désalinisant » dans le système de culture et permet l’introduction d’autres espèces dans la rotation (céréales, fourrages, oléo-protéagineux, etc.). La disparition de la riziculture menacerait ainsi l’équilibre écologique de la Camargue, du fait de la « re-salinisation » des terres. L’alternative à la rizière est le marais ou la steppe salée...

Lors des années de sécheresse, les rizières constituent enfin des écosystèmes intéressants pour les oiseaux en quête d’humidité et de points d’eaux.

La production de riz de Camargue est donc assez anecdotique en quantité, mais sa culture contribue à  maintenir un territoire totalement unique et assurer son équilibre humain, écologique et économique.  

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Le riz : richesse génétique et son adaptation à la Camargue

Guy Clément, Sélectionneur riz, CIRAD. Production : Métaphore, © GNIS 2012

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La sélection du riz en Camargue

Didier Louvel, Sélectionneur riz, Centre français du riz. Production : Métaphore, © GNIS 2012

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Les étapes de la transformation du riz

Sylvie Esclauze, Responsable qualité sécurité environnement, Soufflet Alimentaire Camargue. Production : Métaphore, © GNIS 2012

La Camargue est aujourd’hui classée réserve de biosphère par l’UNESCO. Sa protection est assurée par la Réserve Nationale, le Parc Naturel Régional, la Réserve volontaire de la Station Biologique de la Tour du Valat et le Conservatoire du Littoral.

Le Parc naturel régional de Camargue couvre trois communes : Arles, les Saintes-Maries-de-la-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône. Ses missions sont la protection et la gestion du patrimoine naturel et culturel, l’aménagement du territoire, le développement économique et social, l’accueil, l’éducation, l’information, l’expérimentation. Les espaces naturels protégés couvrent 25.000 ha du delta soit environ 20% de sa superficie.

La charte du Parc concrétise le projet de protection et de développement du territoire. Préparée en concertation avec habitants et usagers, elle fixe les objectifs, les orientations de protection, de mise en valeur et de développement du Parc, ainsi que les mesures de mise en œuvre.

Pour la période 2011/2022, les objectifs sont les suivants :

  • Gérer le complexe deltaïque en intégrant les impacts prévisibles du changement climatique
  • Orienter les évolutions des activités au bénéfice d’une biodiversité exceptionnelle
  • Renforcer la solidarité territoriale, la cohésion sociale et améliorer le cadre de vie
  • Partager la connaissance et ouvrir le delta aux coopérations méditerranéennes.

Pour en savoir plus : www.parc-camargue.fr

Le Parc Naturel Régional de Camargue est actuellement opérateur de trois sites désignés au titre de la Directive « Habitats » : Rhône aval, Petit Rhône, Espiguette. En France, chaque site Natura 2000 est piloté par un gestionnaire (collectivité(s) territoriale(s)). Lorsque celui-ci est désigné, le site passe en « phase d’opération » : un document d'objectifs est élaboré avec un inventaire biologique et socio-économique du site et des propositions d’actions accompagnées de moyens pour les mettre en œuvre. Une fois que le document d’objectifs est achevé et validé, le site passe en « phase d’animation ». Les objectifs sont alors réalisés au travers de la mise en place des Mesures Agri-Environnementales Territorialisées (MAEt), de contrats et de chartes Natura 2000.

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