Multiplier et produire des semences de riz en Camargue

L’objectif de la multiplication de semences est d’obtenir une grande quantité de graines identiques à partir d’une petite quantité de la variété sélectionnée, afin de satisfaire au mieux les agriculteurs pour leurs cultures. La réussite d’une production de céréales dépend largement de la qualité des semences. Il est crucial pour les semenciers de préserver la pureté variétale et la qualité germinative. Comment multiplie-t-on et produit-on des semences de riz ? Comment vérifier à chaque étape du process la qualité et la conformité des graines pour satisfaire la demande ?

Produire le volume de semences capable d’alimenter le marché

« Après l’étape de création variétale puis d’inscription de la nouvelle variété de riz au Catalogue officiel, nous multiplions la variété pour répondre au besoin commercial », explique Benoît Boussuge, responsable de la Production de semences et du Laboratoire de Sud Céréales. La multiplication d’une variété de riz repose sur quatre étapes principales. La première étape est la mise en place des « épis lignes » à partir des semences de départ, mises à disposition par la recherche. La deuxième étape est la production de la première génération. Ensuite, vont être produites en cascade quatre générations de riz avant d’arriver à la semence qui pourra enfin être commercialisée. L’objectif est de produire un volume de semences capable d’approvisionner les marchés, que ce soit les riziculteurs de Camargue ou les besoins à l’exportation.

Des contrôles stricts au niveau de la culture…

L’ensemble des étapes de la production de semences de riz répond à des normes très strictes, définies par le « Règlement technique de la production, du contrôle et de la certification des semences », homologué par le Ministère de l'Agriculture. « Durant les différentes étapes de production de semences de riz, nous opérons différents contrôles. Il s’agit des contrôles en parcelles de culture chez l’agriculteur-multiplicateur. Un technicien veille au respect de la pureté variétale et à la conformité aux différentes normes en termes de présence des espèces étrangères et des adventices», poursuit le spécialiste. Une espèce est particulièrement recherchée pour être écartée, car elle est endémique et néfaste à la riziculture : il s’agit du riz sauvage.

… et au niveau de l’usine de triage et conditionnement des semences

Après ces différents contrôles au niveau de la culture du riz chez l’agriculteur-multiplicateur, d’autres analyses sont faites sur les lots de semence. Elles ont lieu à partir de la réception des lots en provenance des agriculteurs-multiplicateurs et durant toutes les étapes du process industriel, dans l’usine, du triage jusqu’à la certification. « Il s’agit d’analyses de pureté où nous allons vérifier que le format du grain est bien celui de la variété attendue et que les impuretés éventuelles présentes dans le lot correspondent aux différentes normes dictées par le Règlement technique de la production », explique-t-il. La faculté germinative est aussi un critère majeur en termes de contrôle qualité de la production de semences. « Nous mettons en place plusieurs tests sur des lots de quatre cents graines pour vérifier que la valeur de germination est bien adaptée à une production aux champs », explique Benoît Boussuge.

Pureté variétale ? Coloration du grain ? Faculté germinative ?

Durant les différentes étapes de contrôle qualité, des analyses sont faites en laboratoire. « Dans un premier temps, nous allons vérifier la pureté variétale et s’assurer que le format du grain (grains ronds, grains longs A, grains longs B, etc.) est celui de la variété », poursuit le spécialiste. Autre analyse faite sur les grains après une décortication préalable : celle de la coloration du grain à l’intérieur de l’enveloppe (un grain rouge sera par exemple écarté). L’analyse de la faculté germinative du lot de semences est un dernier critère important. « Nous appréhendons sur quatre échantillons de cent graines la capacité de germination du lot de semences. Le développement de la plantule doit être conforme tant au niveau des parties aériennes que des parties souterraines », conclut-il. Article issu de la journée Biodiversité organisée par le Gnis en partenariat avec le Centre français du riz et le Syndicat des riziculteurs de France et Filière, le 14 septembre 2012 au Mas Adrien et au domaine Paul Ricard en Camargue
Avec ses 200 à 250 riziculteurs, la Camargue cultive 20.000 hectares et produit environ 110.000t annuelles de riz brut ou « Paddy », soit près de 5% de la production de l'Union Européenne. Le riz camarguais représente 98 % de la production française et 30 % de la consommation des Français en riz. Actuellement, la filière emploie environ 2.000 personnes. « Dans notre usine, nous ne traitons pas uniquement du riz de Camargue, car nous ne trouvons pas dans la région tous les types de riz dont nous avons besoin, en particulier les riz longs et fins. Nous valorisons 80.000t de riz, dont 55 000t issues de la Camargue, soit la moitié du riz de la région », indique Sylvie Esclauze, Responsable Qualité du Groupe Soufflet.
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