Du nouveau chez le tournesol, la plante soleil

La belle et grande fleur de tournesol, celle qui littéralement en italien « se tourne vers le soleil », « tornasole », n’a plus de secrets pour les chercheurs. Ils connaissent désormais le génome complet de cette plante cultivée pour son huile riche en oméga 6 et en vitamine E, ainsi que pour sa saveur peu prononcée. Mais les chercheurs espèrent faire encore mieux !

Croisement réalisé en champ, Inra Toulouse ©SUNRISE_Project

Croisement réalisé en champ, Inra Toulouse ©SUNRISE_Project

L’huile de tournesol est l’huile de table la plus consommée en France, avant l'huile d’olive. A elles deux, elles représentent, en volume, 65 % du marché ! On retrouve aussi du tournesol dans la margarine ou la mayonnaise. Globalement, la consommation d’huiles diminue. Mais celle de tournesol tire son épingle du jeu grâce à sa composition favorable en acides gras insaturés, essentiellement des oméga 6 et des oméga 9 (appelé aussi « acide oléïque », il permet d’utiliser l’huile de tournesol en salade comme en en friture).

Pourtant le tournesol n’a pas toujours été cultivé pour son huile… « Le tournesol est une plante fantastique », explique Thierry André, directeur de recherche chez Soltis, une entreprise spécialisée dans l’amélioration du tournesol. « Il a d’abord été consommé comme une céréale par les Amérindiens, utilisé ensuite comme plante ornementale par les Européens, avant de devenir une plante oléagineuse (plante à huile) de tout premier ordre dans les années 1960 ». « Sa base génétique est assez importante », précise Nicolas Langlade, chercheur à l’Inra et coordinateur du projet Sunrise, un programme d’investissement d’avenir qui regroupe 16 partenaires publics et privés travaillant sur l’adaptation du tournesol au changement climatique. « Il existe beaucoup d’espèces sauvages et de variétés population conservées à l’Inra et chez les acteurs privés de recherche en amélioration des plantes ».

La « lecture » du génome du tournesol : une première mondiale

Commencé partiellement en 2008 et terminé en 2016, le séquençage du tournesol n’a pas été facile. En effet, son génome est 20 % plus grand que le génome humain. Mais surtout, 80 % de l’ADN est composé de parties quasi identiques. Il était difficile pour les chercheurs de reconstituer le « puzzle » du génome avec des séquences trop petites et trop semblables. Quand, en 2015, du matériel permettant de séquencer des zones plus grandes et donc différentes, a été disponible, le projet Sunrise a été le premier à l’utiliser en Europe pour aboutir à la lecture complète des gènes du tournesol.

« Le séquençage a produit des informations très importantes pour toutes les problématiques du tournesol, indique Nicolas Langlade. Nous pouvons reconstituer toutes les voies métaboliques des acides gras et celles des vitamines. L’identification des gènes va favoriser l’amélioration du tournesol. ». Thierry André ajoute : « Le séquençage permet d’établir la carte génétique du tournesol. Celle-ci va nous permettre de travailler plus précisément et plus rapidement sur des gènes ou des groupes de gènes portant sur la résistance aux maladies, la tolérance à la sécheresse ou la qualité organoleptique des graines. ».

Des gains santé en perspective

Les chercheurs projettent ainsi de pouvoir proposer dans quelques années de nouvelles variétés de tournesol, meilleures pour la santé, valorisées en cosmétique ou en chimie verte, et encore plus écologiques.

Sur le plan des bénéfices santé, plusieurs pistes sont actuellement étudiées. Le tournesol est naturellement riche en oméga 6, et contient peu d’oméga 3, mais de nouvelles variétés sont en cours de développement pour obtenir des ratios oméga 3/oméga 6 plus favorables. Par ailleurs, l’huile de tournesol est riche en vitamine E, qui protège les membranes cellulaires. Les gènes concernés ont été identifiés... Tout l’objectif sera de conserver les fortes teneurs en vitamine dans le produit final. Une autre piste de recherche intéressante pour le consommateur est l’augmentation de la teneur en phytostérols – présents dans la graine de tournesol – qui protègent contre les maladies cardiovasculaires.

Enfin, des variétés de tournesol sont aussi sélectionnées pour leur forte teneur en acide stéarique. Celui-ci permet d’obtenir une huile figée à température ambiante très utile en agroalimentaire (mayonnaise, margarine, pâte à tartiner). Contrairement à d’autres acides gras saturés, l’acide stéarique n’augmente pas les taux de cholestérol dans le sang, causes majeures des maladies cardiovasculaires.

Marie Rigouzzo

La culture de tournesol est assez simple. Elle nécessite très peu fertilisants, supportent des fortes chaleurs et des périodes de sécheresse et résiste à beaucoup de maladies. Plante de printemps, elle est récoltée suffisamment tôt pour permettre l’installation de cultures d’hiver dans la rotation annuelle. Elle apporte même des bénéfices à une culture de blé installée à l’automne, car elle provoque une rupture du cycle des maladies des céréales.

« La culture du tournesol est une culture pour le futur »… C’est ce qu’affirment Thierry André et Nicolas Langlade. Cultivé des coteaux d'Andalousie aux plaines de Sibérie, le tournesol a un bilan d’émission de gaz à effet de serre particulièrement favorable par rapport au colza, au blé, au maïs ou à la betterave à sucre. Les variétés de demain présenteront des profils d’acides gras variés et rapidement adaptables à la demande des consommateurs. Les belles fleurs de tournesol vont donc continuer à enchanter nos paysages !

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