La betterave, une sérieuse concurrente pour la canne

Le sucre est systématiquement associé à la canne, cette plante largement cultivée dans les zones tropicales de notre Globe. Elle représente d’ailleurs la première source de production de sucre au monde. Mais la betterave sucrière entend bien exister sur ce marché…

Bâtonnet de sucre candi CC0 Public Domain, source pixabay.com

Une plante bien de chez nous

La betterave sucrière se caractérise par une chair blanche, ainsi qu’une racine conique et charnue. C’est dans la racine qu’est stocké le sucre. Celui-ci se forme grâce à la photosynthèse, au niveau du bouquet de feuilles, qui sera plus ou moins dense selon la variété. On distingue la betterave sucrière de la betterave potagère (cette belle plante rouge de nos potagers !) et de la betterave fourragère (destinée à l’alimentation du bétail).

Contrairement à la canne qui aime la chaleur et l’humidité, la betterave à sucre préfère les climats tempérés. Cultivée originellement en Italie, elle s’est très bien implantée en France. Aujourd’hui, l’Hexagone est le le 1er producteur mondial de sucre de betterave ! 380 000 hectares de betteraves sucrières y sont cultivés par 26 000 agriculteurs. Pour la transformation de la plante, sucreries-distilleries et raffineries maillent le territoire…

Une plante qui a fait des progrès

Jusqu'au début du XIXe siècle, la canne constituait la seule source importante de sucre. Selon la FAO, elle représente d’ailleurs toujours 70 à 80 % de la production de sucre dans le monde. La raison de ce succès est simple : la teneur en sucre de la canne est beaucoup plus dense que celle de la betterave. C’est pourquoi la recherche en amélioration des plantes s’efforce d’améliorer le potentiel de la betterave à sucre. 

Les chercheurs ont ainsi permis au XXe siècle d’augmenter de 50 % la quantité de sucre produit à l’hectare ! Deux axes ont été suivis :

  • L’augmentation du rendement de la betterave à l’hectare.
  • L’amélioration de la teneur en sucre de la plante.

S’imposer face à la canne à sucre

La fin des quotas sucriers est annoncée pour 2017 et, avec elle, la fin des prix garantis aux producteurs de betterave. La concurrence avec la canne sera alors frontale… et peut-être fatale ! Pour continuer à exister, la betterave  n’a qu’une seule option : offrir un meilleur rendement en sucre. 

Dans ce contexte, l’objectif du programme Aker est de doubler le rythme de croissance annuelle du rendement en sucre/hectare à horizon 2020. Le programme est conduit par un consortium de onze partenaires, organismes publics et entreprises de sélection privées. Les moyens mis en œuvre sont à la hauteur de l'enjeu : 80 chercheurs, 20 millions d'euros de budget.

Au XVIe siècle, l’agronome Olivier de Serres découvre que la betterave, venue d'Italie, peut produire un sirop de sucre. Mais il faudra attendre 1786 qu’un chimiste allemand, Achard, réussisse à extraire du sucre de la betterave et à le solidifier.

Au XIXe siècle enfin, la betterave sera cultivée pour son sucre… En effet, en 1806, le blocus maritime lié au conflit entre Français et Anglais, entraîne une pénurie de sucre. Peu après, Benjamin Delessert réussit à raffiner un sucre de betterave de façon industrielle. La Légion d'honneur lui est attribuée par Napoléon qui le nomme « Baron d'Empire ». Dans la foulée, le chef d’Etat ordonne la plantation de 100 000 hectares de betteraves. Ce fut le point de départ d'une grande aventure, agronomique, industrielle et économique.

Les hommes ne fabriquent pas du sucre, ils l'extraient. Le sucre des plantes est composé de saccharose. Le jour, par la photosynthèse, les plantes accumulent l'énergie qu'elles utilisent la nuit pour fabriquer du sucre au niveau des feuilles. Puis les plantes font des réserves de sucre qu'elles stockent dans la tige pour la canne et dans la racine pour la betterave. Grâce aux sélectionneurs, les rendements ont augmenté : de 28 tonnes en 1939 à 45 tonnes de betteraves par hectare actuellement (avec des rendements entre 30 à 65 tonnes). De même, les betteraves sont de plus en plus sucrières. Une tonne de betteraves fournit environ 140 kilos de sucre, au lieu de 115 kilos il y a un siècle. Si on fait le calcul, cela représente 7 tonnes de sucre à l'hectare. C'est impressionnant de voir la capacité de la betterave à faire du sucre avec du soleil !

Il fait partie de l'histoire des civilisations. Les Grecs connaissent déjà la canne. Le sucre qui en est extrait est alors considéré comme un médicament. Au VIIe siècle, les Arabes introduisent cette culture dans les pays méditerranéens. Au XIIe siècle, les croisés rapportent la canne à sucre de Palestine et de Syrie. Aux XIVe et XVe siècles, c'est Venise, puis le Portugal (Madère) et les Baléares qui permettent le développement de la canne à sucre. Puis l'implantation des Européens dans le Nouveau monde entraîne une extension considérable de la canne à sucre à Cuba, Porto Rico, à la Jamaïque, Mexique, Brésil, Pérou, Chili, Vénézuéla, Equateur, Colombie, Paraguay, Guadeloupe et Martinique.

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