Non, les prairies ne poussent pas toutes seules…

Les prairies où paissent tranquillement les vaches nous paraissent très « naturelles ». Pourtant, l’éleveur-agriculteur a dû choisir et semer des graines pour assurer une pâture de qualité. Lors de la 9e journée de la biodiversité du Gnis, le 12 mai 2016, Julien Greffier, chef produit fourragères chez LG Semences, était notre guide. Il nous a expliqué comment l’agriculteur doit faire des choix judicieux pour combiner rendement, bonne digestibilité et qualité nutritionnelle du fourrage, en fonction des besoins de ses animaux ainsi que des conditions de sol et de climat de l’exploitation.

Visite d'une collection de plantes fourragères, Journée biodiversité, mai 2016 à Bourg-Lès-Valence © Gnis-Géraldine Berne

Connaître les bonnes plantes pour une alimentation de qualité

Contrairement à l’idée reçue, il y a une vraie dynamique dans la gestion de la biodiversité des plantes fourragères. Les campagnes de prospection existent encore mais c’est surtout l’amélioration des plantes issues des collections de ressources génétiques qui progresse depuis les années 1960. Les sélectionneurs ont caractérisé les plantes pour leur période de croissance, leur port, leur teneur en énergie et en azote, leur tolérance aux maladies en fonction des climats et des terrains.

14 espèces et 600 variétés fourragères disponibles

« Il faut 10 à 15 ans pour sélectionner une variété fourragère… On compte déjà 3 ans pour l’inscrire au Catalogue officiel français des espèces et des variétés et quelques années pour la reproduire en quantité suffisante afin de la commercialiser. Une plante candidate à un programme de sélection en 2016 sera, dans le meilleur des cas, commercialisée en 2035 », précise Julien Greffier. La rusticité – moins d’eau, moins d’intrants type engrais azoté – et la tolérance aux maladies sont les critères les plus importants, avec bien sûr le rendement. Le tour des 40 mini parcelles permet de reconnaître et distinguer les graminées (source d’énergie) des légumineuses (source de protéines).

Le ray-grass anglais, la « Rolls Royce » du pâturage

« Très cultivé dans les prairies depuis 50 ans, le ray-grass anglais est une graminée appétissante pour les animaux, riche en énergie et qui supporte très bien le piétinement. Les sélectionneurs ont développé des variétés qui tolèrent bien la rouille, un champignon, car les animaux ne pâturent pas les prairies contaminées ».

Il existe 140 variétés de ray-grass anglais, avec des rendements améliorés et une large gamme de précocité pour s’adapter aux différentes régions.

« A l’opposé du ray-grass anglais, il y a le ray-grass italien, la “formule 1” des graminées, car il pousse très vite. Il est plutôt utilisé pour faire du fourrage de par son port érigé et sa faible teneur en eau ». En croisant les deux, les sélectionneurs ont obtenu toute une diversité de variétés de ray-grass hybride.

Le « 4x4 » des graminées, c’est la fétuque élevée

En effet, c’est une espèce très rustique qui s’adapte à tous les terrains. Elle est tolérante à la sécheresse et elle repousse sur l’ensemble de la saison. Initialement, elle avait des feuilles très rigides et s’est révélée peu appréciée des animaux. Depuis les années 1990, les sélectionneurs ont privilégié des variétés à feuilles assouplies prisées par les animaux. La fétuque élevée convient davantage à l’alimentation des animaux à viande qu’aux animaux producteurs de lait, car la teneur en énergie demeure inférieure à celle du ray-grass anglais.

Légumineuses : trèfle, luzerne, lotier, sainfoin…

« Après la crise pétrolière de 2008, les agriculteurs ont recommencé à cultiver des légumineuses pour produire et apporter les protéines nécessaires à la bonne croissance de leurs animaux. Depuis cette époque, l’engouement ne s’est pas démenti et les éleveurs mêlent des légumineuses qui peuvent croitre harmonieusement avec les graminées », constate Julien Greffier.

Trèfle blanc nain, intermédiaire ou géant, riche en azote, trèfle d’Alexandrie résistant à la sécheresse et cultivé après des mélanges céréaliers récoltés début mai, trèfle incarnat en couvert végétal l’hiver…. Mais aussi le lotier, très répandu dans les prairies permanentes qui n’a pas beaucoup de besoins et qui s’adapte dans les terres les moins riches. Ou encore le sainfoin qui pousse essentiellement dans les terrains calcaires et s’avère moins gourmand en eau. « Ces deux dernières légumineuses contiennent en plus des tanins qui favorisent l’assimilation des protéines en minimisant l’accumulation de gaz dans la panse lors de la rumination. Une vache, par exemple, qui consomme trop de légumineuses peut présenter un gonflement anormal et dangereux ».

Mais la championne des protéines demeure la luzerne. Grâce à une racine en pivot, elle peut aller chercher de l’eau à plusieurs mètres de profondeur et produit jusqu’à 2 tonnes de protéines par hectare !

Quelle herbe se cache derrière la vache qui fait mon lait ?

Emission Semence Mag - 2 mars 2016. Invités : M Marguet (Eleveur, Pdt de l’Institut de l’élevage), A Auréjac (Resp. marché semences InVivo), M-T BONNEAU (Eleveur, Vice-Pdte de la Fédé. nat. des producteurs de lait), M Dantin (Député européen)
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Les plantes fourragères : biodiversité et sélection

Laurence Poinsard, sélectionneuse graminées pour les Ets Carneau. Production : Métaphore, © GNIS 2012

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