Le sujet des semences est central dans votre CV. Quel est votre parcours et vos missions actuelles ?
Formé à l’Université de Liège, avec une thèse en biologie végétale, je suis depuis plus de 25 ans enseignant en physiologie végétale à Agrocampus Ouest Rennes-Angers, devenu l’Institut Agro Rennes-Angers depuis 2020. Lors de ma carrière, j’ai étudié l’impact des stress sur la qualité des semences ainsi que leur aptitude à la conservation, au Canada, USA, Royaume-Uni et Pays-Bas avant de prendre un poste permanent en France. Je suis aussi codirecteur du département Sciences Végétales pour l'Agriculture et l'Horticulture, et responsable de l’équipe SEED (Semences, Environnement, Épigénétique & Développement) au sein de l’Institut de Recherche en Horticulture et Semences, ce qui m’amène à travailler sur les enjeux de qualité de semences, en particulier les légumineuses à graine et potagères. Responsable d’un parcours de dernière année de cursus Ingénieur/Master sur la biologie et la production des semences et plants, j’enseigne également ces aspects dans des écoles doctorales étrangères aux Pays-Bas et au Brésil et dans le cadre de formations continues. Enfin, j’ai également été expert dans des litiges en matière de brevets liés à la qualité des semences.
La filière semence attire-t-elle encore les étudiants de l’enseignement supérieur agricole aujourd'hui ?
Oui, cette filière attire toujours les jeunes, en partie grâce au travail sur la promotion de ses valeurs et la diversité de ses métiers. Pendant longtemps, la filière semence semblait associée aux OGM et à des géants tels que Monsanto, mais cela a bien évolué. Les étudiants y cherchent aujourd’hui des thématiques autour de la génétique, de l’expérimentation végétale, de l’amélioration des plantes leur permettant ainsi d’être acteurs face aux nombreux enjeux de société et d’environnement. Sur le campus de Rennes, nous avons chaque année une quinzaine de futurs diplômés ingénieurs et Master qui s’orientent sur ces thématiques, et sur Angers où ils n’étaient que 5-6 intéressés par ce parcours il y a une dizaine d’années, ils sont désormais entre 15 et 20 ! Aussi, depuis 3-4 ans, nous voyons davantage d’étudiants intéressés par les problématiques de développement et de marketing autour des semences, pour mieux cerner les usagers et optimiser les ventes. La filière semences est aussi dynamique en France, avec des promesses d’embauches en CDI fréquentes après les stages.
Quelles spécialisations sont proposées sur le sujet des semences ? Pour quels métiers ?
Nos formations proposent deux parcours dédiés pour des niveaux Bac+5, que ce soit via la filière ingénieur ou Master avec nos universités partenaires de Rennes, Angers et Nantes. Le campus de Rennes propose un parcours centré sur la génétique et l’amélioration des plantes, pour former les futurs sélectionneurs et spécialistes de la création variétale. Le campus d’Angers offre un parcours orienté sur l’aval de la filière en se focalisant sur la biologie, la production et multiplication de semences et plants. Depuis 2019, les enseignements au sein de ce parcours sont dispensés en anglais et ouverts à l’international, ce qui nous a permis d’accueillir des étudiants du Maghreb, du Nigeria, de Pologne ou de Hongrie.
Les diplômés de nos écoles sont très adaptables. Cela leur ouvre les portes de nombreux métiers au sein de la filière semences, et à différents niveaux de responsabilités, de technicien de production à ingénieur de recherche, en passant par des postes sur la commercialisation, la distribution, la sélection. Chaque année, un ou deux élèves poursuivent leur diplôme Bac+5 par une thèse souvent en sélection variétale. En France, nous avons la chance de disposer de très bons laboratoires de recherche académique. Il est possible aussi d’aller faire sa thèse à l’international afin de découvrir de nouveaux systèmes de recherche, d’élargir ses perspectives scientifiques et de développer une expérience internationale très valorisée pour la suite de la carrière.
Quels nouveaux enjeux sont portés par la création variétale ?
Face aux défis climatiques, environnementaux et alimentaires, amplifiés par les crises récentes et la mondialisation, la formation est un levier majeur pour accompagner les profondes transformations de nos systèmes agricoles, alimentaires, énergétiques, numériques et sociaux. En s’appuyant sur une recherche de haut niveau, il est nécessaire de former des professionnels capables d’innover, d’agir et d’accompagner durablement ces transitions au sein de la filière semence. Par exemple, nous initions nos étudiants à l’analyse de grands jeux de données en génomique ou issues du phénotypage. Autre enjeu majeur : les aspects d’éthique et de réglementation vis-à-vis des technologies utilisées en création variétale. Début décembre 2025, l’Union Européenne a validé l’introduction de nouvelle techniques génomiques ou NGT pour modifier directement le génome des plantes afin d’améliorer leur résistance à des conditions climatiques difficiles. Cette décision pose de nombreuses questions autour de la propriété intellectuelle ou de la durabilité d’usage, que nos étudiants abordent avec différents représentants de la filière semence, mais aussi d’élus politiques. Ce qui importe les entreprises, c’est avant tout de bénéficier d’un cadre réglementaire claire, afin de savoir quels outils utiliser en création variétale. La réduction de produits phytosanitaires, axe de recherche toujours fort auprès des semenciers, est aussi un enjeu majeur qui impose de développer rapidement des variétés plus tolérantes et des pratiques alternatives pour garantir la qualité et la sécurité des semences.
Où en est la Chaire Semences pour demain, lancée en 2021 ?
Construite à l’initiative de SEMAE – l’interprofession des semences et plants – et l’Institut Agro en 2021, cette Chaire vise à insuffler de nouvelles dynamiques : enrichir les expertises mises au service des étudiants, les sensibiliser aux enjeux des semences et de biodiversité cultivée et mieux avancer sur les enjeux de la transition agroécologique. Pour cela, nous avons ciblé trois axes : la formation, la recherche et l’international. Sur la formation, la Chaire a permis d’enrichir les contenus en lien étroit avec les professionnels. Par exemple, elle cofinance des voyages d’études pour comprendre concrètement les enjeux des semenciers et leurs problématiques. Une journée « filière semences » a été mise en place, sur une thématique, pour favoriser les échanges et les débats entre étudiants, chercheurs et professionnels. Parmi les sujets choisis : les nouvelles compétences pour la filière, la recherche génétique au service du changement climatique ou encore le développement des plantes de service et leurs intérêts pour la filière. Un MOOC semence de 60 h a aussi été construit, déployé auprès de 5 000 apprenants. Il est en train d’être revu, réduit à 40 h, avec une orientation plus technique, pour satisfaire un public plus aguerri à ces enjeux. La Chaire a également contribué à la recherche en finançant des stagiaires de M2 et deux doctorants sur des questions plus académiques sur la qualité des semences et la tolérance des plantes face au maladie et aux stress hydrique. Quant à l’axe international, nous avons cofinancé des actions prospectives au Sénégal et sponsorisé une formation à Madagascar destinée aux professionnels sur la qualité sanitaire des semences malgaches. Nous avons aussi reçu des délégations étrangères au sein de l’Institut Agro-Rennes. Il nous reste encore beaucoup de travail, en particulier sur ce dernier axe, mais nous avançons !
Quels sont vos attentes sur l'enjeu des semences dans les années à venir, et qu'espérez-vous des futurs diplômés ?
Si de nombreux axes de recherche gravitent autour de l’innovation en création variétale, il ne faut jamais perdre de vue l’enjeu de la qualité même de la semence. Selon moi, une bonne semence doit rester « loyale » et « marchande », c’est à dire vigoureuse et capable de donner une plante assurant ainsi le rendement de la culture sans toutefois coûter un prix exorbitant pour l’agriculteur. Un autre enjeu majeur dans laquelle je crois beaucoup est le développement des légumineuses, notamment le soja, car elles renforcent l’autonomie protéique vis-à-vis des importations massives, réduisent la dépendance aux engrais azotés grâce à la fixation de l’azote, et contribuent à la transition agroécologique et climatique des systèmes agricoles. Enfin, grâce à un cadre réglementaire européen clair, l’innovation va pouvoir être mieux défendue au sein des entreprises européenne. Notre savoir-faire est reconnu sur la filière semences, et reste porteur d’emplois et de beaux défis dans les années à venir pour les futurs diplômés !
Olivier Lévêque