Agriculteurs et chasseurs aux petits soins pour la faune sauvage

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Sans agriculture bien gérée, pas de biodiversité au sein des territoires agricoles, et sans biodiversité, pas de gibier. Les liens entre l’activité agricole et la présence de la faune sauvage dans les champs sont évidents. Pourtant agriculteurs et chasseurs n’ont pas toujours fait bon ménage, les uns se plaignant de la dégradation des cultures par les animaux sauvages, les autres les accusant du peu de place accordée à la sauvegarde du gibier. La raison l’a emporté et a abouti en 2006, à une convention « Agriculture, chasse, faune sauvage » signée par quatre partenaires : la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), l’APCA (Assemblée permanente des chambres d’agriculture), la FNC (Fédération nationale de la Chasse) et l’ONCF (Office national de la chasse et de la faune sauvage).

Un réseau d'exploitations de référence

Cette convention se décline en quatre points : des pratiques agricoles durables et favorables à la biodiversité ; la préservation de la faune, du petit gibier et de ses habitats ; la valorisation des territoires agricoles, notamment par la chasse ; la création d’un réseau d’exploitations de référence (Agrifaune). Depuis, de nombreux projets ont pris forme, partout en France. Ici on teste l’intérêt agronomique, économique et faunistique des couverts végétaux entre deux cultures, là-bas on sème des jachères et des bandes enherbées, ailleurs on plante des haies.

Rôle des pratiques agricoles et du paysage

Les chercheurs de l'Inra (Institut national de la recherche agronomique) expliquent que la biodiversité des territoires agricoles est très dépendante des espaces semi-naturels : haies, buissons, marécages, bords des champs enherbés… Chaque espèce animale a aussi besoin d’un territoire différent. Au niveau d’une parcelle, les pratiques agricoles sont déterminantes pour la faune peu mobile tandis que la structure du paysage joue un rôle majeur pour les coléoptères, les papillons ou les oiseaux.

Danger au moment des récoltes

L’impact des pratiques agricoles sur la faune sauvage est très variable. Des prairies pâturées modérément sont favorables au gibier tout comme les techniques culturales simplifiées (par exemple sans retourner la terre par le labour). En revanche les chantiers de récolte sont défavorables non seulement au printemps (ensilage d'herbe) mais aussi l'été (foin, céréales paille, pois, luzerne, etc.). Les traitements phytosanitaires peuvent être défavorables en cas de mauvaises pratiques.

Le gîte et le couvert

La notion de jachère, florissante à la fin des années 90, cède le pas aujourd’hui aux inter-cultures (qui sont des cultures intermédiaires non récoltées, entre 2 cultures de récolte) et aux bandes enherbées pour cause de réforme de la politique agricole commune (Pac) et d’application de mesures agri-environnementales. Ces zones sont une aubaine pour la faune sauvage qui y trouve le gîte et le couvert. Un animal a quatre besoins élémentaires : se cacher, se reproduire, se nourrir et se détendre. Chacun de ses besoins doit être satisfait tout au long de l’année. Ce qui ne facilite pas le choix des espèces de plantes à semer. Il faut des fleurs pour attirer les insectes qui servent de nourriture aux oiseaux. Il faut des graines pour la survie hivernale de la faune. Il faut des plantes qui s'étagent à différentes hauteurs sans être trop denses pour que le gibier puisse circuler tout en étant protégé
La France a perdu 10 % de ses oiseaux nicheurs en 20 ans (1989/2009), selon une étude du Muséum national d'histoire naturelle. Plus grave, les espèces les plus touchées sont celles qui vivent dans les régions agricoles qui enregistrent 20 % de baisse. Ainsi, la linotte mélodieuse (Carduelis cannabina), un symbole des campagnes avec l'alouette des champs et la perdrix grise, a vu sa population chuter de 71 % au cours des vingt dernières années, en raison de la raréfaction de ses ressources alimentaires, de petites graines d'herbacées considérées comme de mauvaises herbes et éliminées des zones de grandes cultures. Quant à la perdrix, encore abondante dans la Beauce au début des années 70, elle est devenue rare avec la disparition de la luzerne et de l’abri permanent qu’elle fournissait et de l’agrandissement des parcelles.
Pour aider les agriculteurs qui doivent implanter des bandes enherbées en bordure des cours d’eau, la fédération des chasseurs du Nord et le Groupement national interprofessionnel des semences et plants (Gnis) ont mis en place une expérimentation qui teste sur trois ans 22 variétés de graminées et de légumineuses en Flandre maritime. Pour Bruno Osson, technicien développement au Gnis, « bien choisir les associations de légumineuses et de graminées, c’est disposer d’un couvert végétal capable d’étouffer les mauvaises herbes ». Il faut également éviter des couverts trop denses, défavorables à la reproduction de la faune sauvage. La période de semis joue également un rôle important. Ainsi, le semis de fin d’été limite la concurrence avec les mauvaises herbes et offre un couvert intéressant pour la faune sauvage au printemps suivant.

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