Tout ce que vous ignoriez sur le gazon !

Dans vos jardins, les parcs des villes ou les stades, le gazon est partout. Au point qu’il se ferait presque oublier. Pourtant, ses intérêts sont multiples, du stockage de carbone à l’infiltration d’eau, en passant par le rafraîchissement des zones urbaines en été ou le refuge pour la biodiversité ! À condition de rester naturel, diversifié et entretenu convenablement… Ainsi, il défendra tous ses atouts face à son cousin synthétique, de plus en plus plébiscité mais aux avantages bien moindres.

Enfant dans le gazon © iStock

Le saviez-vous ? Le gazon représente sur l’hexagone 1,7 million d’hectares, soit 3 % du territoire français ! Les jardins privés arrivent en tête avec 100 000 ha, suivis des terrains de sport (dont 33 000 ha de golfs ; 24 000 ha pour le football ; 4 500 ha pour le rugby), les surfaces hippiques (environ 14 000 ha), et enfin les accotements et espaces publics. Ces chiffres, et bien d’autres, sont mis en avant dans le dernier livre blanc de l’interprofession des semences SEMAE « Les bienfaits du gazon », paru début 2026.

À en croire Noémie Robert, cheffe produit chez DLF France, société spécialisée dans la sélection et la vente de semences pour les gazons, l’atout premier de ces plantes – et que l’on oublie souvent - est l’apport d’oxygène. « Même sur une petite surface, le gazon participe à nous fournir de l’oxygène. Il nous aide ainsi à mieux respirer ! » Une surface de l’ordre de 400 à 500 m² pourrait fournir ainsi l’oxygène quotidien nécessaire à plusieurs dizaines de personnes. Un hectare de pelouse présenterait d’ailleurs un potentiel d’oxygénation supérieur à celui d’un espace forestier équivalent, en raison d’une couverture végétale plus homogène et d’un feuillage renouvelé en continu.

De l’air et de la fraîcheur

Autre avantage pour la spécialiste : proposer des zones tempérées en plein été, plus fraîches que les surfaces bétonnées ou goudronnées. « Quand il fait chaud, nous cherchons la verdure ! En ville, les gazons des parcs sont de vrais refuges, car ce végétal recouvre le sol et réduit ainsi la sensation de chaud. » Enfin, troisième avantage fort pour le gazon selon Noémie Robert : une bonne gestion de l’eau. « L’arrosage des gazons est souvent critiqué, mais tout dépend du type d’eau utilisée et à quelle période ! Arroser sa pelouse en plein été avec de l’eau potable, c’est une ineptie. Mais utiliser de l’eau de récupération et s’en servir pour arroser son gazon et assurer ses diverses fonctions bénéfiques peut s’entendre. Cela fait partie du cycle de l’eau d’être absorbée puis restituée par les végétaux. »

D’ailleurs, un gazon bien implanté permet d’infiltrer jusqu’à 80 à 90 % des pluies modérées, réduisant ainsi les volumes d’eau dirigés vers les réseaux d’assainissement. Sans oublier qu’un gazon filtre les eaux de ruissellement grâce à ses racines et agit comme une barrière naturelle contre les polluants organiques ou métalliques.

Antistress, l’atout inconnu du gazon

Pour Jessica Kitissou, ingénieure chez SEMAE en charge de l’étude sur les bienfaits des gazons, il est important de souligner les bienfaits sociaux et sur la santé des espaces verts, qui sont désormais bien documentés. « Une étude menée aux Pays-Bas auprès de plus de 10 000 personnes a révélé qu’une augmentation de 10 % d’espaces verts dans l’environnement résidentiel était associée à une réduction des symptômes de santé équivalente à un rajeunissement de 5 ans », indique-t-elle, faisant également référence à d’autres études menées à travers le monde : « Les espaces verts, y compris les gazons et pelouses, contribuent à l’équilibre psychologique des citadins, réduisent le stress et soutiennent la promotion de l’activité physique, en particulier chez les jeunes publics. »

Fort de ces atouts, et dans un contexte d’artificialisation et de bétonisation des sols, le marché du gazon reste assez stable ces dernières années. « Nous avons eu un pic de ventes lors du Covid, quand les gens se sont mis fortement à jardiner, rappelle Dorothée Pye, secrétaire générale de la section gazon chez SEMAE. Depuis, nous sommes revenus à des niveaux de vente normaux, c’est-à-dire 20 000 t par an, avec des ventes à 55 % aux particuliers et 45 % au secteur professionnel. Mais les ventes sont très météo dépendantes : quand il y a des périodes de beau temps, elles sont plus fortes. »

De l’innovation dans les semences

Pour rester dans le coup, le gazon peut compter sur l’innovation des semenciers. La composition des mélanges a profondément changé. Aujourd’hui, trois espèces concentrent près de 90 % des volumes vendus. En première ligne : le ray-grass anglais (40% à 55% des volumes), apprécié pour sa levée rapide, son excellente tolérance au piétinement, et sa bonne capacité de régénération. Mais il a des besoins supérieurs en eau et en azote. Justement, les fétuques rouges (30% à 45%) ont une bonne résistance à la sécheresse et sont adaptées aux sols pauvres. Elles sont adaptées en gazons d’ornement. Enfin, la fétuque élevée (10% à 15%) est aussi une espèce rustique et résistante à la sécheresse, adaptée aux zones à usages intensifs et aux climats contraignants.

De nouvelles espèces font aussi leur apparition dans les mélanges de semences pour gazons en particulier les légumineuses. Objectifs : répondre aux enjeux de durabilité, de réduction des intrants et d’adaptation climatique. Ces espèces fixent en effet naturellement l’azote atmosphérique, ce qui réduit les besoins en engrais minéraux.

Parmi ces légumineuses : le micro trèfle blanc est fréquemment utilisé dans ces mélanges, sans oublier la luzerne naine et le lotier corniculé. Des espèces qui fleurissent aussi, pour le plus grand bonheur des insectes pollinisateurs.

La biodiversité à défendre, et le carbone !

« La biodiversité autour des gazons est un vrai sujet sur lequel il faut axer nos travaux et notre communication avec des conseils d’entretien et de valorisation des gazons », insiste Dorothée Pye. Le gazon est en effet bien plus riche en biodiversité qu’on ne le croit parfois. L’enjeu est de ne pas le tondre trop ras, ou du moins pas de manière systématique, en le laissant fleurir et pousser à graines, pour servir de refuge et de garde-manger à toute une vie, qu’elle soit au-dessus du sol (insectes, gastéropodes, petits mammifères comme les musaraignes), ou en dessous (lombrics, micro-organisme, etc.).

Ces dernières années, un nouvel atout a été mis en avant autour du gazon : le stockage de carbone. « Nos clients nous en parlent tout le temps ! », souligne Noémie Robert. « L’objectif est à la fois de réussir à produire des semences le plus bas carbone possible, et répondre - en semant du gazon - aux enjeux de compensation carbone pour certaines entreprises. » La séquestration du carbone dans les sols engazonnés se fait majoritairement dans les premiers centimètres du sol, entre 0 et 10 cm de profondeur.

Les pelouses bien gérées présentent un potentiel élevé de séquestration de carbone au cours des premières décennies suivant leur implantation. Les flux mesurés varient de 0,7 à 1,4 t CO2/ha/an, soit environ trois fois plus que les prairies non gérées, estimées à 0,3 t CO2/ha/an. Pour donner un ordre de grandeur, 1,4 t CO2/ha/an de CO2 fixé par un gazon correspond à l’empreinte carbone d’environ 6 000 à 14 000 km parcourus en voiture selon le véhicule !

Défendre le naturel face au synthétique

Malgré tous ses atouts, le gazon naturel semble actuellement concurrencé par son cousin synthétique. « Il ne faut pas forcément les opposer, mais chercher leurs complémentarités », nuance Noémie Robert. Le gazon synthétique pourra ainsi trouver sa place pertinente dans certains terrains, assurant aux sportifs la possibilité de jouer sur un stade avec une fréquence élevée, même en hiver. « Le coût d’un terrain en gazon synthétique est bien plus élevé qu’un gazon naturel cependant, car il nécessite tout de même de l’entretien, et ne dure pas plus de 10 ans », continue l’experte.

Employer des gazons synthétiques dans des parcs, jardins privés ou cimetières, c’est se priver de toute la liste d’atouts évoqués, du stockage carbone à la filtration de l’eau, en passant par la biodiversité et le rafraîchissement ambiant en été. Sans oublier les pollutions aux micro-plastiques qui filent dans la nature, et une conception loin d’être bas-carbone, « Oui, sous nos latitudes, le gazon non arrosé sera grillé en été, mais souvent deux mois uniquement ! », termine Noémie Robert. Tout le reste de l’année, les gazons restent verts et bien vivants, avec leurs effets secondaires non négligeables sur la santé, le confort thermique et l’environnement. Alors préférons le naturel au synthétique, y compris pour nos gazons !

 Olivier Lévêque

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